L’interprofession en quête de valorisation avec un indicateur de prix pour le vrac
C’est une première : l’interprofession bordelaise met en place un « indicateur sur l’orientation des prix du vin en vrac » pour le Bordeaux rouge, qui représente 27 % de la production d’AOC du vignoble. Un indicateur qui reste facultatif dans les transactions mais doit aider l’appellation régionale et au-delà, toute la filière bordelaise, à retrouver la voie de la valorisation. Car malgré des efforts inédits de restructuration du vignoble (près de 30 000 ha arrachés en trois ans), les prix du vrac du Bordeaux rouge (soit 63 % du volume de sa commercialisation) restent très dégradés et sapent l’image de qualité de l’appellation.
« Le sujet de la valorisation du produit, éminemment important, s’inscrit dans la nouvelle feuille de route que l’interprofession veut porter », indique Bernard Farges, co-président du CIVB et représentant de la viticulture, déplorant une dévalorisation « qui ne profite à personne et détruit la filière ». « Il y a eu une véritable coopération entre les deux familles, qui ont travaillé de concert et sont unanimes sur le sujet », insiste de son côté Philippe Tapie, co-président du CIVB et représentant du négoce.
« Pourquoi avoir attendu si longtemps, alors que la crise bordelaise dure depuis plusieurs années ? », devance Stéphane Héraud, co-président de la commission économique qui a piloté le chantier durant plusieurs mois. « Parce que l’article 172 ter du règlement européen, autorisant des indicateurs de prix, n’était pas ouvert au vin en vrac. C’est chose faite depuis l’adoption du Paquet Vin par la Commission européenne en mars dernier. Cela nous permet désormais de travailler sur des questions de prix – ce qui était totalement interdit auparavant ».
« Le but n’est pas d’imposer un prix mais de fournir un vrai repère au producteur et à l’acheteur lors de la première transaction, dans le respect de la liberté commerciale », souligne pour sa part Jean-Raymond Clarenc, co-président pour le négoce de la commission économique.
Cet indicateur a été fixé à 1 100 € le tonneau pour ce début de campagne (soit 122 €/hl). Il correspond à la moyenne (50/50) entre les coûts de production moyens constatés de 1 320 € le tonneau (échantillon de 100 propriétés bordelaises de 5 à 100 ha, commercialisant au moins 70 % en vrac, sur les 5 dernières campagnes) et le prix moyen constaté du Bordeaux rouge en vrac sur les 12 derniers mois, soit 877 € le tonneau (contre 930 € et 970 € les deux années précédentes). Dans cette construction, qui diffère de celle de l’indicateur pour l’AOC Côtes-du-Rhône Rouge publié quelques jours auparavant, l’interprofession met en avant un consensus entre les deux familles, après des discussions parfois ardues, assumant que l’indicateur se situe actuellement au-dessous des coûts de production.
« Nous sommes conscients que ce prix sera déceptif pour certains, mais il sera encourageant pour d’autres », commente Stéphane Gabard, président du Syndicat des Bordeaux, notant que l’indicateur se veut pragmatique et corrélé au marché, le principe étant qu’il évolue avec la remontée des cours pour se rapprocher de plus en plus des coûts de production.
« Nous avons conscience que les destins de la production et du négoce sont intimement liés à Bordeaux. La mise en place d’un indicateur n’est que le début d’une trajectoire dynamique et de la volonté de revalorisation des prix de la filière », met en avant Jean-Raymond Clarenc.
Stéphane Héraud abonde : « Même s’il est facultatif, notre outil sera très vite opérant dans les transactions en Bordeaux rouge, d’autant que nous ne sommes pas très loin de retrouver une situation d’équilibre pour l’appellation, qui vend plus qu’elle ne produit depuis trois millésimes ».
Les représentants de l’interprofession vont désormais multiplier la présentation de cette démarche aux producteurs, aux négociants, aux courtiers, à la grande distribution… Car le succès de ce nouvel outil repose maintenant sur son utilisation collective par les opérateurs.
Cécile Poursac
