Puisseguin Lussac Saint-Émilion : la cave coopérative fait peau neuve

Marine Fauré, de la cave coopérative, a participé au déploiement des stations météo sur le terrain.

La cave coopérative de Puisseguin Lussac Saint-Émilion fait peau neuve. Nouveau président depuis 2019, nouvelle équipe commerciale, nouvelle équipe technique, et bientôt nouvelle direction. La cave engage un virage humain, mais aussi technologique en se dotant de 32 stations météos
à la suite d’une série d’aléas climatiques successives, mais aussi pour accompagner les certifications environnementales.

En arrivant à la cave coopérative de Puisseguin Lussac Saint-Émilion, il est troublant de découvrir une moyenne d’âge singulièrement jeune.
La vigne parvient à maintenir la jeunesse dans les campagnes, mais à Puisseguin Lussac Saint-Émilion, c’est particulièrement marquant. Thomas Sidky a été élu en juin 2019 président, alors qu’il n’avait pas encore 30 ans. La cave coopérative de Puisseguin Saint-Émilion compte 160 adhérents, pour une production répartie sur 950 hectares. « Nous avons depuis 18 à 25 mois une équipe technique renouvelée. Une équipe œnologique rajeunie. Une nouvelle équipe commerciale, tant pour la France que pour l’export. » À ce jour, la cave coopérative assure 40 % de ses ventes à l’export. Et dans quelques semaines, devrait être nommée une nouvelle équipe de direction.

Engager une refonte de la gamme

Le jeune président et les salariés voient dans ce rajeunissement des acteurs un nouveau dynamisme. Mais aussi de nouveaux axes de travail. Plusieurs explications à cela : « Nous avons besoin de redynamiser la coopérative et de construire une nouvelle image de notre cave. »

« Nous allons engager un travail de refonte de nos gammes. Engager un repositionne- ment de nos produits, avec la volonté de ra- mener de la valorisation, le tout pour le gain de nos adhérents. Nous avons donc besoin de prendre ce virage commercial et marke- ting. Dans cet esprit, l’équipe œnologique tra- vaille en concertation avec les commerciaux pour que les profils produits correspondent aux attentes de nos clients. Et c’est dans cet esprit que nous dégustons très régulièrement les vins. »

Depuis deux ans, Thomas Sidky note une évolution des vins. « Nous essayons d’assu- rer deux principaux profils de production : des vins fruités (qui peuvent être consommés jeunes), mais aussi des vins plus structurés avec des potentialités de garde. »

Aujourd’hui, la cave veut aussi travailler sur ses marques : « Par le passé, nous avons eu beaucoup de châteaux. Aujourd’hui, nous avons limité la commercialisation à six, et nous nous concentrons sur nos marques. »

Thomas Sidky met aussi le doigt sur l’un des défis des caves coopératives : quand un viticulteur fait valoir ses droits à la retraite, il faut que les surfaces de production puissent rester dans le giron de la coopérative. Or, c’est un élément sur lequel les caves ont à ce jour peu de prise. « Nous mettons donc en place une veille foncière et économique. » Avec pourquoi pas, la possibilité, en concertation avec des viticulteurs cédants, de pouvoir installer de jeunes viticulteurs. La cave coopérative mène donc de front plusieurs défis , dont passer l’ensemble des viticulteurs en certification environnementale au 1er janvier 2023 : « Puisseguin et Lussac Saint-Émilion sont dans les satellites de Saint-Émilion », et ce nouveau cahier des charges qui va s’appliquer dans les 18 mois à venir doit être accompagné.

« Certaines typologies d’exploitations ont du mal à aller vers ces certifications. Nous avons des viticulteurs qui comptent 20 ares, et qui traitent à dos. Nous avons aussi des cours d’eau, des habitations, des ZNT à respecter. » Et dans le même temps, la cave coopérative doit répondre aux impératifs du marché : « La majorité de nos clients de la grande distribution nous demandent ces certifications environnementales. Le HVE est devenu une condition d’accès à de nombreux marchés. »

Pour soutenir les viticulteurs de la cave coopérative dans leur démarche environne- mentale, et diminuer leur IFT, la cave coopérative a fait l’acquisition de 32 stations météo, qui ont été achetées auprès de Weenat. « Nous avons aussi fait le choix de 30 capteurs d’humectation. Le tout est couplé à un OAD (outil d’aide à la décision). »

Sur ce point, la cave a laissé la liberté de l’OAD : Movida (Bayer) ou Decitrait (dévelop- pé par l’IFV et commercialisé par la Chambre d’agriculture). Mais les frais d’abonnement aux stations reviennent aux viticulteurs.

32 stations météo à moins d’un kilomètre de chaque viticulteur

Les 32 stations ont été placées fin mars sur des points définis, en bas-fond ou en pla- teau, de façon à comprendre avec davantage de netteté les variations microclimatiques qui balayent les 950 hectares de production de la cave. Lesquels ne sont pas d’un seul tenant. Ces stations sont aussi dotées de capteurs d’humectation à proximité. « Ces capteurs sont en contact avec le feuillage. Donnent des éléments sur les points de rosé permet de mieux lire les besoins de traitements. »

Marine Fauré, qui s’est occupée du déploiement du dispositif au sein de la cave coopérative, insiste aussi sur la proximité des stations avec les implantations des viticulteurs : « Nous avons fait en sorte qu’elles soient situées à moins d’un kilomètre de chacun de nos 160 viticulteurs. »

Thomas Sidky explique ce besoin de com- préhension territorial, avec un impact cultural, de la façon suivante : « En 2017, nous avons subi le gel. En 2018, une très forte pres- sion mildiou. En 2019, un épisode de gel en début mai, et une pression de maladie dense. En 2020, un épisode de gel début avril, deux orages de grêle (en mai et juin), une pression mildiou liée à de forte précipitation, et ensuite de la sécheresse… » Et malheureusement, le nord de Saint-Émilion et les appellations de Puisseguin et Lussac ont été fortement éprouvés par les nuits de gel d’avril. Mais le dispositif va permettre de mieux analyser les couloirs gélifs, les couloirs de grêle, pour optimiser les protections de la vigne.

E.D

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