Impact des pratiques de gestion des sols sur la flore viticole : les résultats du projet OPERA
En Gironde, où la viticulture façonne une grande partie du paysage, les pratiques agricoles ont un impact direct sur la biodiversité locale. L’intensification de ces pratiques au fil du temps a modifié les écosystèmes viticoles, entraînant une érosion de la biodiversité.
Cette perte se manifeste notamment par une réduction de la richesse spécifique des adventices dans les parcelles. Pourtant, ces espèces sont essentielles dans le maintien des fonctions écologiques et beaucoup d’autres espèces dépendent d’elles.
Adventices : Amies ou ennemies ? Quelle gestion adopter ?
Bien que le maintien d’un enherbement dans les parcelles puisse être bénéfique pour l’écosystème, les adventices ont longtemps été perçues comme nuisibles dans les vignobles, en raison de la concurrence qu’elles exercent sur la vigne pour les ressources vitales (eau, nutriments…).
Il est ainsi nécessaire de maîtriser cette concurrence, via trois techniques principales d’entretien des sols : l’utilisation d’herbicides, le travail du sol et la tonte. Ces trois techniques peuvent être combinées au sein d’une même parcelle en fonction des caractéristiques de cette dernière et des objectifs du viticulteur (Figure 1 ci-dessous).

L’utilisation d’herbicides va avoir tendance à éliminer progressivement les espèces sensibles en ne conservant que les espèces résistantes. On observe ce qu’on appelle une inversion de flore.
Le travail du sol perturbe la surface, créant un environnement instable où les espèces à cycle court, capables de germer et de se reproduire rapidement, prospèrent. Il favorise les espèces de type rudérales qui peuvent s’établir dans des environnements fragiles et perturbés. En revanche, les espèces vivaces, qui reposent sur des systèmes racinaires profonds pour survivre d’une année à l’autre, sont défavorisées car leurs racines sont détruites par ces interventions. Le travail du sol empêche également l’établissement d’adventices compétitives, qui nécessitent des conditions plus stables pour s’épanouir.
Enfin, la tonte, en coupant les plantes au niveau du sol sans perturber les racines empêche les espèces annuelles de prospérer. En effet, cela va les empêcher de compléter leur cycle de vie en affectant en particulier la production et la dispersion des graines.
Méthodologie d’étude de la flore viticole
Le projet OPERA* vise à caractériser entre autres, l’impact de ces pratiques sur les compositions des communautés d’adventices.
Pour ce faire, des relevés floristiques sont réalisés sur 38 parcelles, réparties en Entre-deux-Mers et dans le Libournais, dont la moitié est gérée en agriculture biologique et l’autre moitié de manière conventionnelle. Ces relevés sont réalisés selon une méthode de transect et ont lieu deux fois dans l’année : au mois de mars, et au mois de juin afin de prendre en compte la saisonnalité des espèces. Les espèces sont identifiées en se basant sur leurs traits morphologiques. Les relevés sont réalisés dans trois zones : l’inter-rang travaillé, l’inter-rang enherbé et la zone sous le rang. La densité et la fréquence de chaque espèce sont également évaluées (Figure 2).

Dans le cadre de l’étude, les caractéristiques floristiques étudiées sont la richesse spécifique, correspondant au nombre d’espèces relevées, la couverture végétale du sol, le cycle biologique de chaque espèce (annuelle, vivace), la classe de Grime (C, CR, CSR, R) et les familles (Astéracées, Légumineuses, Graminées). Concernant les classes de Grime, les espèces C (compétitives) se développent dans des environnements avec un faible stress et une faible perturbation ; les espèces R (rudérales) se développent dans des environnements avec un faible stress et de fortes perturbations ; et les espèces de classe S (tolérantes aux stress) se développent dans des environnements avec un stress élevé et de faibles perturbations (Figure 3).

les stratégies des espèces
Résultats : diversité des espèces observées
Les relevés de l’année 2023 ont permis de recenser 177 espèces d’adventices. Les trois familles les plus représentées sont les Astéracées, les Légumineuses et les Graminées (Figure 4).

Nous nous attendions à avoir moins de richesse spécifique, moins de couverture, et plus d’espèces annuelles et rudérales dans l’inter-rang travaillé et sous le rang travaillé. Les résultats obtenus permettent de confirmer une diminution de la richesse spécifique et de la couverture des espèces d’adventices lors de l’utilisation du travail du sol. Ils permettent également de confirmer une augmentation des espèces annuelles et rudérales et de classe CR, ainsi qu’une diminution des espèces vivaces et compétitives dans les zones où le travail du sol est présent. De plus, le travail du sol favorise la présence de Fabacées et de Poacées.
Les résultats mettent également en avant que l’utilisation d’herbicides favorise le développement des Astéracées. Les espèces qui tolèrent mieux les herbicides, comme les Astéracées, sont favorisées dans les parcelles où ces produits sont utilisés fréquemment. Les Astéracées, en particulier, démontrent une certaine résistance aux herbicides, leur permettant de survivre et de se propager lorsque d’autres espèces sont éliminées.
À l’inverse, nous nous attendions à avoir plus de richesse spécifique et plus de couverture dans l’inter-rang enherbé, ainsi que plus d’espèces vivaces et compétitives. Cependant, les résultats mettent seulement en avant que la tonte diminue le nombre d’Astéracées.
Conclusion : vers une gestion durable des adventices ?
Les résultats du projet soulignent l’impact significatif des pratiques de gestion sur la diversité des adventices dans les vignobles.
Le travail du sol tend à réduire la diversité en favorisant les espèces rudérales et annuelles, tandis que l’utilisation d’herbicides sélectionne des espèces résistantes comme les Astéracées, au détriment de la biodiversité globale.
La tonte, en revanche, permet de maintenir certaines espèces sans perturber les racines. Comprendre ces dynamiques est crucial pour mettre en place des pratiques de gestion durable, conciliant production viticole et préservation de la biodiversité.
Bérénice Vigneaud, Violette Aurelle, Chambre d’agriculture de la Gironde, Équipe Gestion durable des sols
