Crise Covid : les Côtes de Bourg cogitent et remettent à plat leur stratégie

Stéphane Donze a été réélu en septembre à la tête du syndicat viticole des Côtes de Bourg. Dès le premier confinement, les viticulteurs avaient commencé à plancher sur leur stratégie technique et promotionnelle au travers de groupes de travail. La réflexion se poursuit et permet de dégager des priorités sur l’encépagement, les profils des vins, les certifications environnementales et jusqu’aux relations avec le négoce.

Stéphane Donze, vous avez été réélu président des Côtes de Bourg le 8 sep- tembre 2020, quelle évolution avez-vous apportée à ce nouveau mandat ?

Nous avons modifié notre mode de représentativité. Avant, nous avions une élection de délégués, lesquels élisaient le conseil d’administration, lequel élisait ensuite le président. Là, nous avons mis en place un scrutin qui fait que les viticulteurs élisent directement les membres du conseil d’administration. Autre nouveauté, nous avons élargi le nombre d’élus au conseil d’administration, passant de 21 à 25 membres, auxquels s’ajoutent de droit les représentants de la coopération : Alliance Bourg, Tutiac, les Caves du Bourgeais et les Châteaux solidaires.

En quoi un changement de représentativité change la philosophie des Côtes de Bourg ?

Nous avons proposé des postes aux jeunes, sous la forme d’administrateurs stagiaires, de façon à ce qu’ils connaissent mieux les rouages. C’est une volonté de les intégrer et de les responsabiliser. Nous avons aussi ouvert nos commissions de travail. Cela a fait rentrer des jeunes que l’on ne voyait pas avant, et qui se sont impliqués dès le départ dans le travail des commissions.

Cette régénérescence modifie-t-elle la façon de travailler du syndicat ?

Nous avons la chance à Bourg d’avoir un important noyau de jeunes viticulteurs. Nous sommes aussi une appellation sur 3 400 hectares d’un seul tenant, avec environ 280 acteurs (dont 82 coopérateurs). Nous avons aussi l’avantage d’être une appellation très regroupée. Nous sommes situés dans un périmètre de 15 kilomètres. Donc on se connaît tous. Se connaître est une chose, avancer en cohésion en est une autre. Comment travaillez-vous cette cohésion ?

Par l’action et par le travail. Nous étions la première AOC du Bordelais à nous rendre en Chine. Ce modèle de partir en groupe, nous l’avions initié la première fois avec un stand de 12 m2. Nous avons connu des péripéties : imaginez, un groupe qui part en Asie quand certains viticulteurs n’étaient encore jamais allés à Paris… Être en Chine, être hors secteur, cela crée des liens et une meilleure osmose entre vignerons.

Quels sont les autres éléments d’unité des Côtes de Bourg ?

Nous avons un cépage qui nous réunit de plus en plus : le malbec. Et ce n’est pas un cépage accessoire. Aujourd’hui, il couvre 350 hectares, soit 10 % de l’appellation. C’est un élément d’unité sur le plan   technique. C’est un travail de longue haleine que nous avons mené. En collaboration avec les pépinières Mercier, nous avons engagé une large sélection de clones. Nous avons réalisé des microvinifications pour les retenir. Aujourd’hui, nous avons arrêté notre choix sur deux clones : l’un des côtes de Bourg et l’autre d’Argentine.

L’atout du Malbec est qu’il résiste très bien au changement climatique. Et il a le mérite de nous donner une visibilité à l’échelle internationale. Dans de nombreux pays du monde, on communique à travers le cépage et non le terroir. Avec le malbec en Côtes de Bourg, nous pouvons faire les deux. C’est un incroyable atout dans la communication.

L’image des Côtes de Bourg est d’être un peu un village gaulois qui n’a peur de rien.

C’est vrai que nous avons l’habitude de faire par nous-même, d’être réactifs, parfois plus qu’ailleurs. Sans doute notre proximité, le fait de se connaître et de savoir où sont les atouts ou les problèmes joue aussi. Toute cette imbrication de relationnel, cette impli- cation humaine permet de se connaître et de se faire confiance.

On a beaucoup mené notre barque tout seul : sur le GDON, sur la certification HVE pour tous en 2025, sur le choix de prospecter en Asie les premiers. Nous sommes indépendants, et nous souhaitons le rester. Mais nous voulons travaillons sur les projets en synergie avec l’interprofession. Et sur ce point, les choses changent. Aujourd’hui, nous avons des visites des services de l’interprofession, ce qui n’arrivait que rarement.

« Nous avons l’habitude de faire par nous-mêmes et d’être réactifs » 

Comment se renouveler pour faire vivre l’appellation dans la durée et dans la crise que nous traversons ?

C’est un travail au long cours et c’est exactement ce que nous avons engagé. Au sortir du premier confinement, nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait repenser notre stratégie. Nous étions dans une année difficile, nous avons essayé de maintenir toutes nos opérations malgré une baisse de nos cofinancements. On s’est retroussé les manches et on a mis à plat tous les sujets qui devaient être abordés. Nous avons dégagé deux axes de travail avec deux commissions : une technique, et une autre sur la promotion. On s’est réuni tantôt en visioconférence, tantôt dans la grande salle en respectant les protocoles sanitaires. On faisait nos rencontres entre midi et deux, des commissions sandwich.

La commission technique fédère huit groupes de travail : le profil des vins, la commission dégustation, le GDON, la biodiversité (et le vivre ensemble), la HVE, les cépages (dont le malbec), les aléas climatiques (gel, grêle, Adelfa) et les vignes en friche.

La commission promotion fédère six groupes de travail : l’export, les relations avec la grande distribution ou le négoce, les événements, la boutique et l’espace de ré- ception, les relations presse, le digital et les réseaux sociaux.

Vous avez donc remis à plat vos axes de travail ?

Comment en être autrement ? Nous avons un espace de réception. Avec les mesures Covid, nous ne pouvons l’utiliser. Nous avions toute une politique d’accueil des croisiéristes : on nous parle de retour des bateaux au second semestre 2021 au mieux. Nous avons dû réagir. Nous avons renforcé notre vente en ligne et notre boutique multiplie par trois son chiffre d’affaires. Et nous allons réaliser un nouveau site internet pour 2021. Nous faisons preuve d’adaptabilité et nous sommes à l’affût de ce qui se passe autour de nous.

À l’affût ? C’est-à-dire ?

Prenons un exemple. Le CIVB travaille à la promotion des vins de Bordeaux. Nous sommes inscrits dans cette démarche avec les Côtes de Bourg. Mais nous ne pourrons pas pour autant adhérer à tous les projets de l’interprofession. Comme nous avons mené notre réflexion de notre côté, nous sommes plus à même de définir ce qui paraît plus opportun pour notre appellation et nos viticulteurs. Et notre réflexion menée en amont est un atout dans notre réactivité pour aborder les opportunités.

Comment accompagnez-vous aujourd’hui les vignerons en difficulté ?

Nous relayons beaucoup d’informations. Nous avons mis en place une permanence avec un avocat, à disposition de l’ensemble des exploitations de l’appellation. Nous sommes, avec Didier Gontier (directeur) à la disposition des vignerons. Et nous suivons de nombreuses réunions avec les services économies et études ou marketing du CIVB pour apporter de maximum d’information et de recul.

> Propos recueillis par Emmanuel Danielou

Côtes de Bourg

Superficie

Côtes de Bourg : 3 500 hectares 

Côtes de Bourg blanc : 45 hectares

Acteurs

280 viticulteurs (dont 82 coopérateurs)

Production

2020 : 150 000 hectolitres (44 hl/ha) La coopération assure 24 % du volume

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