Assemblée Générale de la FGVB La question de l’arrachage s’invite dans les débats

L’assemblée générale de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux s’est déroulée le 14 décembre en visioconférence. Les débats ont porté sur la restructuration différée (lire page 9) et les mesures d’arrachage définitif ou sanitaire. La situation économique de la filière demeure au cœur des préoccupations.

De nombreux dossiers ont été abordés lors de cette assemblée générale tenue sous la présidence de Jean-Marie Garde et qui a réuni une soixantaine de participants.

Dispositifs d’aides de l’État

L’AG s’est déroulée à la veille de la publication au Journal officiel de l’exonération de charges sociales (lire page 8).

PGE : Ce dispositif a été très largement utilisé en Gironde (premier département viticole utilisateur – estimation de 1 500 PGE pour un montant de 250 M€). « La durée d’amortissement de 6 ans semble trop courte, sachant que nombre de souscripteurs ont emprunté le montant maximum (25 % du CA) », estime Yann Le Goaster, directeur de la FGVB.

Aide au stockage : le dispositif qui prévoit une aide pour une durée de 6 à 8 mois (de l’ordre de 7 à 9 € /hl, payable à l’issue du stoc- kage), est entré en vigueur. Les viticulteurs peuvent s’y inscrire depuis le 14 décembre et jusqu’au 11 janvier (inscription en ligne). Cette aide devrait être largement utilisée.

Réflexion sur la régulation de l’outil de production

Stéphane Héraud a expliqué lors de l’assemblée générale les démarches engagées pour la mise en place d’un dispositif d’aide à la restructuration différée (lire page 9). Puis s’est posée la question d’un éventuel arrachage définitif primé.

Arrachage définitif primé. Bernard Farges, président d’EFOW et du CIVB, a posé la problématique dans son environnement réglementaire : « L’arrachage définitif, contrairement à la distillation, n’était plus dans les textes européens depuis 2008. Nous avons pu mobiliser la distillation car nous avons réuni un consensus européen. »

« Pour l’arrachage définitif, nous avons des consensus du côté de l’Espagne, du Portugal. Mais des réticences s’expriment en Italie, et aussi en France, notamment en Languedoc, qui appelle à une nouvelle distillation de crise. »

« Tant que le débat sur une nouvelle distilla- tion de crise reste ouvert, celui de l’arrachage définitif restera fermé. »

« En l’absence de consensus en France, puis au niveau des États européens, il nous sera difficile d’envisager une modification des textes à l’échelle européenne. »

Après avoir posé ces éléments, il estime qu’en l’état actuel des choses, « Il n’y aura donc pas d’arrachage définitif dans l’immédiat. Peut-être y parviendrons-nous courant 2021, mais rien n’est acquis. »

Pour le président Jean-Marie Garde : « La distillation et l’arrachage pour assainir une si- tuation et constituer un socle, je le conçois. Mais nous ne pouvons renouveler ces opérations dans la durée. » Bernard Farges abonde dans son sens : « Bordeaux n’a pas demandé de distillation nouvelle aujourd’hui. »

Parcelles à l’abandon. Lors des questions diverses, Stéphane Donze (Côtes-de-Bourg) intervient : « Je suis de plus en plus inquiet sur les vignes en friche du fait d’abandon de fermages. Et des propriétaires qui ne veulent ou ne peuvent les entretenir malgré les obligations qu’impose le code rural. Cela devient de plus en plus catastrophique. Les vignes non traitées sont préoccupantes pour la contamination de la flavescence dorée et la propagation du mildiou. Je me tourne vers les services de l’État. Que peut-on faire à court, moyen et long terme ? »

Bernard Farges prend alors la parole :

« Nous nous heurtons à une difficulté régle- mentaire. Et nous nous tournons vers vous, Monsieur Lavigne, pour faire remonter à Madame la Préfète que la Draaf a besoin de moyens pour faire face à cette situation. »

Hervé Grandeau s’exprime aussi sur la question : « Peut-être devrions-nous expérimenter un financement professionnel du coût de ces arrachages. »

Pour Claude Gaudin, « c’est un sujet collectif. Il serait judicieux que nos ODG fassent un inventaire de ce problème. Il serait judicieux que bailleurs et preneurs soient associés dans la gestion des risques sanitaires et des risques climatiques à terme. »

Benoît Lavigne, directeur régional adjoint agriculture, alimentation et forêt (DRAAF), retient l’ensemble des déclarations : « J’ai pris bonne note de toutes ces remarques. Nous avons à la fois un sujet sanitaire, économique et un enjeu d’incitation, mais il faut que nous ayons les moyens de remplir notre mission. »

« Dans le court et moyen terme, nous avons peut-être des concertations à engager pour avoir une vision objective des zones touchées par ce sujet. Et nous sommes disponibles pour ce volet recensement, pour réfléchir à cet arrachage de la façon la plus satisfaisante possible. »

Le redémarrage de l’économie passe par des actions de soutien à la commercialisation :

Soutien à la commercialisation

– Le plan d’aide de la Région (4 M€ sur 3 ans) : aide directe aux entreprises sous forme de cofinancement de leurs actions commerciales (à hauteur de 40 % des ac- tions par la région Nouvelle-Aquitaine / 60 % pour l’entreprise) lancé en juillet dernier. « Il faut souligner l’engagement fort de la Région pour soutenir la filière viticole », ajoute Yann Le Goaster.

– À l’issue du premier appel à projet : 31 projets sur 67 ont été retenus pour un montant d’aide de 1,50 M€, correspondant à 4,10 M€ d’investissements conjoints. Un second appel à projet est lancé en ce mois de janvier.

– La réorientation du budget marketing du CIVB vers des actions visant à soutenir la commercialisation : la Tournée des vins de Bordeaux (lire page 20), la prise en charges des animations commerciales… mais aussi le renforcement des synergies avec les actions du CIVB et des groupes organiques à l’export ;

– La simplification des aides à la promotion « pays tiers ». Cette demande a été portée par les organisations professionnelles pour faciliter l’accès à l’aide, le taux de subvention de 60 % pourrait être porté à 70 % en 2021.

Transition environnementale

La Fédération des Grands Vins de Bordeaux anime un groupe de travail sur la transition environnementale :

On estime que 3 000 exploitations Girondine seront certifiées début 2021 (HVE, AB, Terra Vitis…)

Jean-Marie Garde souligne : « Nous avons obtenu une prime sous forme de crédit d’impôt de 2 500 € pour les entreprises certifiées HVE. Ce qui va motiver beaucoup de viticulteurs pour être certifié HVE. Une certification qui met le pied à l’étrier pour s’engager dans les mesures agro-environnementales. »

Benoît Lavigne, directeur régional adjoint DRAAF, souligne que ce crédit d’impôt HVE est un signal fort : « Un département comme la Gironde, qui représente 20 % des certifications HVE, est massivement concerné. Reste à déterminer le plafond du cumul Crédit d’impôt HVE + Crédit d’impôt Bio. »

Bernard Farges aborde la question de l’inscription des mesures agro-environnementales dans les cahiers des charges : « Le sujet de certification dans les cahiers des charges a été introduit par la loi Égalim. Saint-Émilion, Entre-Deux-Mers, Pessac, Médoc et Bourg souhaitent rendre obligatoire les certifications environnementales dans leur cahier des charges. »

« L’INAO signale que les ODG qui souhaitent intégrer ces critères pourront désormais le faire. »

Questions INAO

Rosé de saigné. « Nous sommes parvenus à sécuriser cette pratique et modifiant sa rédaction en lien avec les services de l’INAO », précise Bernard Farges.

Représentations. Stéphane Héraud et Hervé Grandeau ont souhaité quitter leur siège aux différentes instances de l’INAO.

Sont candidats Nicolas Carreau (Blaye), déjà membre du comité régional. Et Stéphane Gabard (aujourd’hui président de Bordeaux-Bordeaux supérieur).

Réforme de la PAC et viticulture

Éric Tesson, directeur de la CNAOC, intervient en ligne et rappelle que le débat d’aujourd’hui a été lancé en 2018. « Nous avons travaillé ce dossier avec EFOW (Fédération européenne des vins d’origine). Le dossier le plus important était celui des autorisations de plantation. Le texte de 2013 avait prévu la fin des régimes à 2030. Nous avons souhaité prolonger ce dispositif. Un consensus s’est imposé dans les différents groupes politiques pour parvenir à 2050. »

« En commission agriculture, cette date de 2050 a été retenue. Puis le Conseil des ministres, grâce au ministre français est arrivé lui au consensus de 2040. »

« Les discussions des trilogues sont engagées. Nous nous attendons à un consensus au-delà de 2040. »

La prolongation de la durée de vie des autorisations de plantation. « Elles sont de 3 ans aujourd’hui. On est en bonne voie pour obtenir un prolongement de trois années. » (lire page 8)

Variétés résistantes« Il y a eu un consensus pour ouvrir les cahiers des charges AOC aux variétés résistantes. »

Les replis. « Nous sommes passés dans un petit trou de souris en fin de discussion. On est parvenu à faire reconnaître cette pratique des replis. A faire valider sous forme de législation au niveau national. Le postulat était : « Le repli n’étant pas prévu, est-il interdit ? » Reste à le définir aujourd’hui. »

Étiquetage des ingrédients et calories. « Nous avions deux points : indication des calories et des ingrédients. Nous sommes parvenus à un point d’équilibre entre la filière et les institutions européennes. Les calories seront mentionnées sous la forme de E (énergie) suivi d’un chiffre. Et nous avons obtenu l’indication des ingrédients de façon digitali- sée (via un QR Code). »

Bernard Farges, président d’EFOW, précise que le calendrier serait le suivant : « L’indication des calories devrait intervenir au 1 janvier 2023. Et des ingrédients 18 mois plus tard. » Éric Tesson précise que « ce qui est étiqueté n’aura pas à être ré-étiqueté ».

Élus et permanents s’accordent pour déclarer : « Nous avons la chance d’avoir des parlementaires européens, ainsi que leurs attachés parlementaires, très investis sur ces questions. C’est vraiment une opportunité de travailler avec ces interlocuteurs qui dé- fendent la viticulture d’AOC. »

Plan de relance

Le directeur adjoint de la Draaf Nou- velle-Aquitaine balaye les dispositifs du plan de relance et l’intérêt que le monde viticole peut y trouver.

Franck Jullion, trésorier de la FGVB, ob- serve que « sur les 100 milliards d’euros, 1,2 % est consacré à l’agriculture. Dont 400 M€ à la viticulture » et l’arboriculture. Soit 0,4 % « Ce qui est faible au regard du poids de la viticulture dans la balance commerciale… »

Florence Lassarade, sénatrice (LR) ob- serve également que : « Le plan de relance, quand on le décline, on se rend compte que ce n’est pas énorme, et que cela passe par des appels à projets. Il faut être très volontariste individuellement. Cela ne vient pas tout seul. »

Glyphosate

Éric Tesson, directeur de la CNAOC, explique que « nos marges de manœuvre sont limitées. Le ministre se réfugie derrière la décision de l’Anses. Nous avons compris que le crédit d’impôt glyphosate serait alternatif au crédit d’impôt HVE. Ce qui ne peut pas nous satisfaire. »

Stéphane Héraud signale « qu’un groupe de travail « sortie du glyphosate » a été nommé, et piloté par Hervé Durand, ancien DRAAF de Nouvelle-Aquitaine. Nous avons proposé une dizaine de noms pour participer à ce groupe. Nous nous réunissons avant Noël. Je pense qu’il y aura des choses à mettre en place assez vite pour faire remonter les informations auprès du ministre Julien Denormandie. »

Budget 2021 de la FGVB. L’avant-projet de budget 2021 a été construit sur la base du budget 2020. « Nous nous étions engagés à réduire les charges à la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, souligne Franck Jullion. Nous sommes parvenus à une réduction de nos coûts de 100 000 € en trois ans. »

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