Xavier Planty : « Je ne travaille pas mon sol et ma vigne se porte très bien »

Xavier Planty dans ses vignes de Castillon-de-Castets.

Xavier Planty a engagé une évolution culturale voici plusieurs années. Il ne travaille plus son sol, et veille à développer la matière organique. Il l’admet avec le sourire et un brin de provocation : « c’est une agriculture de fainéant ». Mais il constate « zéro érosion » lors des pluies d’orage, une résistance à la sécheresse de son sol, et ses vignes ont de bons rendements. Il estime que penser le sol en termes de fertilité est un des fondamentaux de l’agroécologie.

« La base de tout système de production, et c’est la base de la vie sur terre, est de posséder une terre fertile et vivante ! » Xavier Planty, vigneron en biodynamie en Sauternais a le verbe haut et aime jongler entre joutes oratoires et pieds dans la terre. Tandis qu’il marche au milieu de ses vignes à Castillon- de-Castets, il se baisse pour écarter la végétation qui couvre le sol.

« Après guerre, on avait 5 % de la masse du premier horizon des sols en matière organique. Aujourd’hui, nous sommes souvent à moins de 2 %. Cette chute date des années 50. Cet effondrement de la matière organique provoque un effondrement de la vie dans les sol, il est lié à deux phénomènes : le labour et le travail du sol trop intensif. Dès qu’un sol est nu, il est stérilisé par les rayons du soleil. Quand on bine ou que l’on sarcle, à chaque fois, on crée un espace pour que le soleil puisse assécher le sol. En désherbant, vous mettez le sol à nu et vous le tuez. »

« Chaque brin d’herbe nous rapporte du fric »

Xavier Planty ne se fait pas un adversaire du soleil, mais il estime qu’il faut gérer sa puissance énergétique pour nourrir le sol et non pour l’appauvrir. « Je garde à l’esprit qu’à chaque situation, il y aura une solution particulière. En stockant cette énergie solaire, dans l’herbe ou le végétal, on participe à la photosynthèse. Il faut garder à l’esprit que chaque brin d’herbe nous rapporte du fric ! » Ce concept, qui à nombre de viticulteurs va paraître iconoclaste, Xavier Planty l’a forgé au fil du temps.

Il reconnaît avec un sourire en coin qu’au début de sa carrière, il fonctionnait autrement : « Quand je suis arrivé à Guiraud, j’étais un chimiste. Mes sols étaient aussi propres que le carrelage de ma cuisine… »

Qu’est-ce qui a poussé le vigneron à s’interroger ? « Celui qui m’a fait prendre conscience de tout cela est un chercheur de Bordeaux, Maarten Van Helden, aujourd’hui en Australie. J’ai arrêté de tondre mes allées, j’ai diminué en profondeur mes labours. Puis j’ai laissé l’herbe pousser sur l’ensemble des parcelles. Avec le temps, j’ai replanté 10 kilomètres de haies avec des arbres adaptés à la région. Et j’ai même recréé des zones humides. Il m’a fallu 10 ans pour engager cette conversion de la préservation de mon sol. Et j’ai des parcelles sur lesquelles, je peine encore à réussir. Je constate que c’est plus facile de réengager de la vie sur des vignes larges, que sur des vignes avec des écarts de un mètre. »

Cela commence au lendemain des vendanges. Les feuilles vont se déposer au sol, participant au cycle de la dégradation du végétal, et devenant matière organique. Lors de la taille, « je ne broie pas les sarments. Je les laisse au milieu du rang. »

Ensuite, jusqu’au printemps, Xavier Planty laisse les herbes pousser : « Il faut réaliser qu’elles peuvent monter à 60 centimètres. À ce moment-là, avec le rouleau, je viens les coucher au milieu du rang. » Il estime que de « septembre à mai, on a neuf mois d’énergie pour faire pousser de l’herbe. En neuf mois, nous parvenons à accumuler 8 tonnes de matière sèche à l’hectare. Le sol doit être nourri, le sol doit avoir à manger. Non avec des éléments chimiques ou du compost, mais avec une alimentation diversifiée. Cette alimentation diversifiée pour le sol, c’est d’une part du tendre (de l’herbe en général), et du dur (les sarments, les rafles). »

Xavier Planty est intarissable quand il rentre dans les détails : « Le dur, c’est tout ce qui est lignifié. Toute cette partie-là est digérée par les champignons et le réseau micellaire sur le sol et hors du sol. Il peut s’agir d’éléments complexes qui jouent le rôle d’antibiotiques. »

Le ver de terre, un allié à préserver

Il marque un temps d’arrêt, appelle son chien et rembraye : « Il y a dans le sol des êtres exceptionnels que sont les vers de terre. Les- quels sont capables de construire des galeries incroyables. Une population normale de vers de terre va transporter 270 kg de terre par vers et par an. On a des milliers de tonnes qui vont aérer le sol sur l’équivalent de 4 000 kilomètres de galeries à l’hectare. Aucun engin agricole n’est à même de le faire. Et tout ça, c’est gratos ! Ces galeries sont tapissées de bactéries issues du mucus des vers de terre. Le ver de terre est un fixateur naturel de l’azote dans le sol. Un azote qu’il va restituer naturellement à la plante en 40 jours. »

Xavier Planty passe la main dans le sol. Un champignon s’élance entre des sarments en décomposition. « Vous me ferez penser à vous donner les références du livre de Marcel Bouché, Des vers de terre et des hommes. » Si le vigneron lit ? « Beaucoup, je n’ai pas de mérite, j’adore lire. »

Penser d’abord au sol

Il s’exprime alors comme un défenseur de l’agroécologie : « Si la population de vers de terre s’effondre, le sol se tasse, et donc l’eau n’y pénètre plus. Un sol riche en vers de terre va stocker 60 % d’eau en plus. Les vers de terre vont régler les niveaux d’eau dans les sols. Ce sont nos meilleurs alliés en cas de sécheresse. »

Avoir un sol riche en matière organique, en végétation, et un sous-sol riche en vers de terre est pour lui l’atout majeur face aux aléas climatique : « Face à une pluie d’orage, j’ai zéro érosion. Et en cas de sécheresse, mon sol régule ses besoins en eau. »

Pour Xavier Planty, à la vigne, « il n’y a pas de concurrence dans le monde vivant végétal et il n’y a pas de mauvaise herbe. » Il observe les étapes entre le sol et le sous-sol, et les équilibres que la nature engage année après année : « Cette année, j’ai beaucoup de trèfles, cela fixe l’azote. Les vers de terre mangent cet azote et l’emmagasinent en profondeur, laquelle va être restituée dans la durée via les réseaux micellaires sous-terrain. Et je constate que quand j’ai une séquence de trèfles, deux ou trois ans après, j’ai des véroniques qui ont la particularité d’ingurgiter l’ammoniac que remontent les vers de terre. »

Selon Xavier Planty, ce couvert végétal naturel, un sol entretenu par les vers de terre est aussi bénéfique pour sa vigne : « Les premières années, on observe une baisse des rendements, et ensuite, ils repartent à la hausse. Un ami à Saint-Émilion m’a dit que depuis qu’il appliquait cette méthode, ses rendements avaient augmenté de 30 %. Mais il faut laisser le temps pour que le système se mette en place. »

Il mesure aussi que « ce qui est vrai sur ces parcelles n’est pas vrai partout. Ce n’est pas un modèle unique. Et c’est à chaque agriculteur de s’adapter. » Mais il ne cache pas son plaisir en découvrant une limace à l’abri de la lumière : « Un chercheur m’a dit que c’était un partenaire qui se régalait des œufs d’hiver de mildiou (oos- pores) ». Ce qui ne l’empêche pas de traiter ses vignes comme tout viticulteur en biodynamie.

« Vous pouvez l’écrire, ce que je préconise est une agriculture de fainéant. Mais s’il est une valeur fondamentale que je défends, c’est cette fertilité du sol. Un sol fertile s’équilibre seul. Envoyer des viticulteurs en culture biologique sans aborder ce point fondamental, c’est les envoyer au casse-pipe ! »

E.D.

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