La culture, pour transmettre les valeurs du vin
Le 13 février dernier, la Cité du Vin organisait un colloque ouvert à tous, grand public comme professionnels, pour interroger le rôle de la culture dans l’accompagnement de la filière vitivinicole. Selon les intervenants, si certaines valeurs culturelles traditionnelles disparaissent, d’autres imaginaires se développent et aident le vin à rester visible et attractif auprès de nouveaux publics.

Aucun lieu n’aurait pu être plus approprié pour ce colloque, que la Cité du Vin, « un atout incroyable pour la filière vitivinicole et un phare pour la culture mondiale du vin », selon les mots de John Barker, président de l’OIV, venu apporter son éclairage. Ce lieu, qui marque de son empreinte architecturale singulière le paysage bordelais, révèle le travail des architectes Anouk Legendre et Nicolas Desmazières « autour du contenant et du contenu, abritant une offre culturelle foisonnante qui a rencontré un succès incroyable : signe que, pour les touristes, culture et vin sont intimement liés », a souligné en préambule Maylis Descazeau, directrice régionale des affaires culturelles de la région Nouvelle-Aquitaine. Car sans culture, que serait le vin ? « Déculturiser le vin, c’est le réduire purement et simplement à son contenu chimique et à ses molécules d’éthanol », répond Pascaline Lepeltier, MOF et Meilleure Sommelière de France, dénonçant par là même le jeu du « lobbying des néo-prohibitionnistes qui sont en croisade pour prendre le contrôle des politiques mondiales de santé publique et de réglementation sur l’alcool ».
Cette tentative de dénaturation du vin, en le coupant de son histoire et de sa culture, n’est pourtant pas nouvelle. Ayant traversé plusieurs crises au cours de son histoire (phylloxéra, fraude sur les produits, évolution des marchés…), la filière s’est jusque-là montrée résiliente. Une capacité d’adaptation fondée sur la science, l’innovation, le collectif avec l’émergence des AOC, mais aussi sur la culture elle-même, comme l’a détaillé, lors de son intervention, Olivier Jacquet, ingénieur de recherche en Histoire Contemporaine de l’Université Bourgogne.
En effet, le vin est une construction sociale nourrie par des récits et des imaginaires collectifs, a rappelé Véronique Lemoine, responsable scientifique de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin de Bordeaux : « Il était assis sur 8 000 ans de valeurs et d’imaginaires traditionnels qui constituaient un filet de soutien à la consommation de vin ».
Certaines valeurs traditionnelles comme le lien du vin au divin ou le lien avec la santé (autrefois, « boire mieux, des vins du terroir plutôt que des produits frauduleux ») se sont progressivement effacées ; le vin étant concurrencé par d’autres boissons. « Certaines symboliques perdurent toutefois à travers les arts, la diplomatie etc. Et, si ces valeurs sont par définition imaginaires, cela veut dire qu’elles peuvent aussi changer. On voit apparaître un nouveau récit du lien entre le vigneron et la nature, la protection du vivant, le terroir, la durabilité transmis dans les revues spécialisées mais aussi via la pop culture, les BD, séries et autres films », et les musées comme la Cité du Vin ou le Musée du vin de Champagne, inauguré en mars 2025, cités comme vecteurs de la transmission culturelle du vin.

L’enjeu semble donc de préserver ces imaginaires pour accompagner la réinvention de la culture du vin car cette présence culturelle aide à maintenir la visibilité et l’attractivité de cette boisson auprès de nouveaux publics. « Nous avons besoin de transmettre les valeurs du vin, une transmission qui s’est affaiblie depuis 15 ans et la culture nous y aide pour aller conquérir de nouveaux consommateurs », a confirmé Bernard Farges, président du CIVB.
Concluons sur l’intervention philosophique de Pascaline Lepeltier : « Le vin sans culture n’a pas de futur. Mais le futur ne s’écrit pas demain, il s’écrit aujourd’hui. Et pour cela, le vin doit faire partie de notre vie, de notre quotidien, avec respect et attention, pour que sa culture, ses cultures, se réinventent et réinventent l’humanité, comme cela se fait depuis que le vin est vin. C’est la tâche de chacun, à tous les maillons de la filière, dans la vigne, dans le chai, au restaurant et dans la cité ».
> Claire Thibault
Replay disponible sur le site
de la Cité du vin : www.laciteduvin.com