Les chauves-souris, auxiliaires de lutte contre les ravageurs de la vigne

Une chauve-souris peut ingurgiter jusqu'à 600 insectes par nuit. Crédit photo : Yohan Charbonnier (LPO)

Afin d’évaluer le rôle des chauves-souris dans la régulation naturelle des vers de la grappe, la LPO, Eliomys et l’INRAE ont réalisé des observations pendant 4 ans sur près de 100 parcelles du vignoble bordelais.

Insectivores, les chauves-souris se nourrissent d’une grande diversité d’insectes : coléoptères, papillons de nuit… Ce sont donc de bons candidats en tant que régulateurs naturels des ravageurs de la vigne. Une chauve-souris peut ainsi ingurgiter jusqu’à 600 insectes par nuit !
Pour évaluer leur impact, l’activité nocturne des chauves-souris est enregistrée par un système d’écoute, et leur régime alimentaire étudié. En parallèle, la population d’eudémis est soigneusement observée à ses différents stades. L’activité des chauves-souris est ensuite mise en relation avec l’activité d’eudémis et la gestion de l’entretien du sol. Les résultats obtenus ont été très éclairants.

Il existe une grande diversité de chauves-souris dans le vignoble bordelais

Les systèmes d’écoute installés dans les parcelles de vigne ont permis d’identifier vingt espèces différentes de chauves-souris parmi les vingt-deux espèces connues en Gironde. Les espèces chassant le plus régulièrement dans le vignoble sont les suivantes : La Pipistrelle de Kuhl, la Pipistrelle commune, l’Oreillard gris, l’Oreillard roux et le Petit Rhinolophe.

Les chauves-souris se nourrissent de vers de la grappe

L’étude du régime alimentaire des chauves-souris a prouvé qu’eudémis et cochylis font partie des insectes dévorés. En effet, des analyses génétiques ont révélé la présence d’ADN de ces ravageurs dans le guano de dix espèces de chauves-souris girondines. Les chauves-souris consomment donc des vers de la grappe, même lorsque les niveaux d’infestation sont faibles.
Par ailleurs, elles intensifient leur activité de chasse dans les parcelles de vignes lorsque les ravageurs adultes sont présents dans les parcelles. Là où leurs populations sont abondantes, les chauves-souris peuvent consommer jusqu’à 4 500 insectes par hectare et par mois. Les pipistrelles et autres oreillards adaptent donc leur activité de chasse à la présence de ces ravageurs.

Les Chauves-souris réduisent les impacts des vers de la grappe

L’activité de chasse des chauves-souris au moment du pic de vol des papillons entraîne une diminution du nombre de perforations sur les grappes. Ainsi, plus les chauves-souris seront actives dans les vignes et plus la quantité de dégâts pourra être limitée. Si en moyenne la réduction est de 14 %, elle peut atteindre 50 % sur les parcelles les plus favorables aux chauves-souris.

L’entretien du sol impacte l’activité des chauves-souris

Plus la vigne est enherbée et plus l’activité des chauves-souris est importante, suggérant que ces dernières peuvent y trouver des proies même lorsque les ravageurs sont absents. En cas de forte infestation les chauves-souris ont déjà l’habitude de venir chasser sur les parcelles les plus enherbées et seront probablement d’autant plus efficaces à limiter les dégâts.

Comprendre et évaluer l’impact du paysage : le programme Cap Chi’rAux

L’intervention des chauves-souris dans la régulation des populations des vers de la grappe étant à présent démontrée, il convient désormais d’accroître leur activité dans les vignes pour intensifier leur rôle d’auxiliaire. Il reste donc à mieux comprendre le rôle du paysage et l’effet des pratiques culturales dans la dynamique des populations de chauves-souris.
Ce sont les axes d’étude du projet CAP ChirAux initié en 2021 pour une période de 3 ans. L’implication des professionnels sera essentielle à la réussite de ce projet. À cette fin, de nombreuses séances de découverte et d’identification des chauves-souris seront organisées dans différents sites du vignoble bordelais.

Pour en savoir plus : « Les chauves-souris, alliées du vignoble », Cahier technique du CIVB n° 66, octobre 2020.
Disponible sur bordeauxconnect.fr

Contacts : Yohan Charbonnier (yohan.charbonnier@lpo.fr) et Laurent Charlier (laurent.charlier@vins-bordeaux.fr)

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