La reprise tant attendue est enfin concrète

Depuis le début de l’année, les indicateurs économiques s’orientent positivement et confirment aujourd’hui la reprise de la commercialisation des vins de Bordeaux. Sur le marché intérieur, bars et restaurant repassent commande. À l’export, l’annonce de la suspension des taxes américaines donne des perspectives positives à l’export.

Lors de l’assemblée générale de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, Ann-Cécile Delavallade, directrice Économie et Études au CIVB s’est présentée avec le sourire : « J’ai le sourire car je suis heureuse de vous retrouver en présentiel, et parce que je vais vous présenter des chiffres qui traduisent la reprise des vins de Bordeaux aujourd’hui. »

Si l’on remonte aux dix dernières années, la commercialisation de Bordeaux a été marquée par deux petites récoltes : en 2013 et en 2017. Ces baisses de récolte avaient créé une baisse de l’offre. Bordeaux avait perdu des marchés. « Or, pour reprendre des parts de marché, observe Ann-Cécile Delavallade, cela demande du temps. »

Début 2020, la tendance à la reprise s’était amorcée, « Bordeaux était dans les starting-blocks », souligne Ann-Cécile De- lavallade, mais la crise Covid est venue marquer un plancher historique à 3,8 millions d’hectolitres (juillet 2020).

Le choc du premier confinement qui avait engendré des comportements de stockage. Et des consommations très particulières qui avaient été favorables aux BIB et aux IGP de cépages.

Dès l’automne 2020, les premiers indicateurs positifs ont commencé à émerger. Et c’est vraiment depuis le début 2021 qu’une dynamique globale s’est enclenchée.

« Elle profite à tous les groupes de Bordeaux, souligne Ann-Cécile Delavallade. Sur 12 mois, nous atteignons 4,2 millions d’hectolitres, c’est un volume que nous n’avions pas envisagé. La reprise est beaucoup plus lisible sur les derniers mois. »

Les sorties à la propriété sur un an (4,22 millions d’hectolitres – avril 2021)

Bordeaux + 9%
Côtes de Bordeaux + 12%
Médoc+ 17%
Graves rouges + 2%
Saint-Émilion Pomerol Fronsac + 21%
Blancs secs + 12%
Blanc doux + 3%
Ensemble des vins de Bordeaux + 11%

Les ventes en bouteille (sortie de la propriété) représentent 60 % de la production. La grande distribution a été stable dans ses ventes sur les 12 derniers mois. Cequi, pour les vins de Bordeaux, n’était pas arrivé depuis longtemps. À noter qu’en un an, les ventes de vins via les « drives » ont progressé de 35 %.

Il n’existe pas à ce jour d’indicateur des ventes via l’e-commerce ou les cavistes. Mais avec une GMS stable au sein d’un marché français en croissance, on en dé- duit que d’autres canaux de distribution ont tiré leur épingle du jeu. Constat d’un caviste rencontré durant Bordeaux fête le Vin : « Je n’ai pas à me plaindre, je n’avais jamais fait une aussi belle année. »

La reprise est marquée sur le terrain : il n’est pas rare en ce moment d’entendre des caves coopératives ou de gros opérateurs faire face à une difficulté d’approvisionnement de bouteilles et de cartons.

Chez Verallia, on explique « faire face à une forte demande. Nos usines tournent à plein, explique-t-on au siège français de l’entreprise. Nous avions déjà connu pareil phénomène au sortir du premier confinement en 2020. Les mesures sanitaires ont créé une demande par à-coups qui donnait moins de visibilité. »

Chez le cartonnier Maubrac, Céline Velasco explique que « l’entreprise réussit à faire face à la demande. De façon générale, le boom de l’e-commerce a créé une très forte sollicitation. Il était fréquent de constater des livraisons avec de grands cartons pour de petits produits. Cela a créé une forte demande en papier et cartons sur le marché. Et nous avons observé des hausses de prix que nous sommes parvenus à anticiper. »

Les marchés export repartent

Elle note que Bordeaux retrouve des « niveaux d’exportation satisfaisants », après une année 2020 fortement perturbée par la crise Covid et la surtaxe aux États-Unis.

Asie. La Chine avait connu une forte baisse des importations de vins tranquilles depuis 2018, chutant de 8 à 4 millions d’hectolitres (toutes origines confondues). Les exportations des vins de Bordeaux n’avaient pas échappé à la règle. Or, « les exportations de vins de vins de Bordeaux vers la Chine progressent à nouveau de– puis le début de l’année. Ce qui n’était pas arrivé depuis deux ans. » (+ 2 % en Chine Continentale et + 9 % à Hong Kong).

Au Japon, depuis les accords de libre- échange, les vins de Bordeaux profitent d’une dynamique positive : + 10 % sur un an, soit 163 000 hectolitres.

Amérique du Nord. Aux États-Unis, même si les volumes se sont maintenus en 2020, l’exportation, en valeur a été très pénalisée du fait des surtaxes, avec des « pertes de valeurs de – 30 %, ce qui est énorme ».

Europe. La bonne surprise vient de l’Eu- rope. Les vins de Bordeaux y ont connu une croissance de + 10 % en valeur. Si certains pays ont été très stables (comme l’Allemagne), les principaux marchés eu- ropéens sont en croissance, en volume comme en valeur : Belgique, Pays Bas, Suisse. Mais aussi des marchés secondaires qui connaissent de belle dynamique : Lettonie, Danemark, Pologne, Irlande ou Luxembourg.

La fin des taxes US et la reprise globale des marchés permettent aux vins de Bordeaux, sur un an, à l’export, de côtoyer un niveau de 2 milliards d’euros, soit un re- tour à l’avant crise Covid.

Les progressions des exportations bor- delaises sont conduites par les groupes Bordeaux (Bordeaux rouge et Bordeaux supérieur), ainsi que par les vins du Médoc, avec une part importante pour les Médoc et Haut Médoc.

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