Cahiers des charges : une mutation volontariste engagée par les AOC de Gironde

En l’espace de quelques mois, de nombreux cahiers des charges d’AOC de Gironde ont été modifiés. Rien que sur 2021, le Journal officiel en a fait mention pour Crémant de Bordeaux, Côtes de Bordeaux, Cérons, Pessac-Léognan, Pomerol, Sauternes et Barsac. Et dix autres cahiers des charges sont en cours de révision, avec sans doute des finalisations en 2022. Qu’est-ce qui explique ce vaste mouvement au-delà des évolutions de cahier des charges pour délimitations ?

Laurent Fidèle, délégué territorial de l’INAO pour la Nouvelle-Aquitaine, apporte quelques éclairages. « Nous avons connu un premier mouvement avec la mise en place des cahiers des charges en 2009 lors de la réforme des AOC. Un second mouvement s’est imposé en 2011 pour l’enregistrement en AOP, qui insistait sur le lien de causalité entre le produit et le terroir. Mais cette fois, nous vivons une 3e « vague » qui n’est pas générée par l’évolution réglementaire, mais sur une démarche volontariste des ODG qui s’inscrivent dans une modification de pratiques culturales plus respectueuses de l’environnement. »

Ce mouvement s’inscrit dans une publication de l’INAO et de l’IFV, parue en mars 2017, préfacée par Stéphane Le Foll, alors ministre de l’Agriculture : « Guide de l’agroécologie en viticulture », qui donnait des axes de transitions environnementales à engager. Ce document définissait plusieurs orientations :

  1. – L’obligation d’enherbement du contour des parcelles.
  2. – L’interdiction du désherbage chimique en plein des parcelles de vigne.
  3. – L’enherbement des vignes.
  4. – L’amélioration de l’efficience du matériel de pulvérisation.
  5. – La réduction des quantités de produits phytosanitaires.
  6. – La limitation des apports d’azote minéral de synthèse.
  7. – La préservation des murets, bosquets, terrasses…
  8. – Les conditions du respect de la séquence morphologique originelle des sols.

« Même si des syndicats comme celui de Pomerol, qui dès 2009 avait engagé l’arrêt des herbicides dans le rang. » C’est la modification impulsée par le syndicat des Bordeaux et Bordeaux supérieurs en 2019 qui donnait le ton.
L’imbrication des appellations bordelaises, par le phénomène du repli, a engagé un mouvement de fond.
« Je ne pense pas, explique Laurent Fidèle, que les autres bassins de production connaissent une aussi grande effervescence. »

Ainsi Saint-Émilion a, dès 2017, poussé l’ensemble des producteurs de son appellation et de ses satellites à une obligation de certification environnementale au 1er janvier 2023. Cette démarche a même bousculé les lignes à l’échelle nationale avant l’article 48 de la loi Égalim et alors même que le décret d’application n’est pas paru.
Dans la foulée, l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac-Médoc a inscrit mi-2023 pour y parvenir.
Bourg incite au minimum au HVE ou au bio pour 2025 et l’Entre-Deux-Mers avance. Le projet se profile pour Pessac-Léognan.
« Nous assistons à un mouvement de fond en Gironde qui correspond aux attentes des consommateurs et de la société. ».

Emmanuel Danielou

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