Bio : la Gironde, vignoble en appellation leader mondial

La Gironde continue de caracoler en tête des départements viticoles bio en France. Et cet espace de production converti ou en conversion est aujourd’hui dans le monde un leader incontesté. Le marché du vin poursuit sa progression, gagnant des parts de marché pour les vins dotés de la feuille verte.
Et il poursuit sa croissance grâce surtout à la vente directe.

Voici quelques années, que la Gironde soit le premier vignoble en bio et HVE aurait suscité l’engouement et l’admiration pour certains, la suspicion pour d’autres. Mais cette année, les chiffres de vente, le gel, la grêle, les incendies, la hausse des matières premières font que les certifications environnementales laissent les médias viticoles indifférents.
La Gironde est premier département viticole bio et HVE, mais pas un placard aux Unes des quotidiens ou des hebdomadaires, comme si tout cela était le plus normal du monde…
Non, ces chiffres ne sont pas le reflet d’une normalité mais d’un virage. D’un travail, visant à répondre au marché, il ne faut pas s’en voiler la face. Mais affronter aussi le changement climatique.
Lors de la conférence de presse de l’agence bio, agence gouvernementale visant à fédérer les chiffres de six circuits de distribution, le premier constat a été le suivant : la croissance du bio connaît un petit coup de frein.

« L’alimentation bio marque le pas en 2021 »
Le vin bio progresse

Loïc Guines, nouveau président de l’Agence bio donnait le ton : « En, 2021, le marché est atone (-1,3 %, soit 13 milliards de chiffre d’affaires). Cependant, en matière alimentaire, le bio se porte mieux que les autres. Alors que jusqu’en 2019, le bio connaissait une croissance à deux chiffres. » En 2021, l’Insee a publié un rapport sur la consommation des ménages qui montrait que la consommation alimentaire des ménages avait reculé de 2,28 % en globalité, le bio baisse donc deux fois moins que le conventionnel. Néanmoins, c’est la première baisse de l’alimentaire bio depuis 2007.
Ces chiffres 2021 sont à manier avec précaution et demandent à élargir les champs d’observation. En 2020, du fait des confinements, les achats des Français avaient fait bondir la consommation alimentaire. (+4,3 %). En 2021, les choix de consommation ont été autres. L’habillement a progressé de 8,7 %. Le budget pharmacie (avec notamment les masques) a bondi de 19,4 % et les sorties au restaurant ont connu une croissance de 15,2 %. (Source Insee)
Les boissons alcoolisées (bières, vins et spiritueux) s’en sortent bien mieux que l’alimentaire. Puisqu’en 2021, ce segment de production connaît une croissance de 10 %. Les boissons alcoolisées ne représentaient que 369 millions de chiffre d’affaires en 2012, pour culminer à 1,296 milliard en 2021.
Le vin a connu une hausse de ses ventes de 9 %, soit un chiffre d’affaires de 1,207 milliard d’euros. Ces vins bio s’écoulent de la façon suivante :

À noter que malgré la part croissante de la production bière et cidre bio, ces deux produits ne concentrent à ce jour que 89 M€ de chiffre d’affaires (mais avec une croissance forte : +19 %).

Croissance bio dominante en Europe


Pour remettre le marché français dans un contexte européen, il est un des rares à décrocher en 2021 (avec la Suède).

L’Allemagne, premier marché européen, a progressé en bio de 5,8 % (15,9 milliards d’euros de CA). Ensuite viennent les principaux consommateurs européens, avec des chiffres d’affaires trois fois inférieurs au minimum : l’Italie connaît une hausse de 4,9 % (4,57 milliards d’€ de CA). L’Espagne progresse de 8,9 %, et le Royaume-Uni de 4,1 %. Tous ces pays, France incluse, connaissaient une croissance à deux chiffres. La Suisse, parmi les plus importants consommateurs bio dans le monde a connu une croissance de 3,9 % en 2021 (4,9 milliards d’euros de CA), contre +19,1 % en 2020.
Le marché français marque donc le pas, alors que sa surface de production tend à croître. « Il ne s’agit pas de dire « C’est foutu, c’est la bérézina », lâche Loïc Guines, « mais plutôt de s’interroger : comment on va continuer de progresser, peut-être moins vite, mais continuer à progresser. »
Et de prendre à partie l’aréopage médiatique devant lui : « Vous journalistes, pendant de nombreuses années, vous avez encensé l’agriculture biologique. Il ne faudrait pas, parce que le marché de l’agriculture s’est un peu affaibli, que l’on retourne sa veste. Car dans les faits, l’agriculture biologique gagne en biodiversité, elle gagne en emplois locaux. Autre phénomène que je constate : des jeunes veulent venir vers l’agriculture, mais biologique ! Agriculture biologique, et circuit court, ce sont 40 % des implantations. Moi, je viens de l’agriculture conventionnelle, et mon entrée dans le bio m’a montré que c’est un chemin de progression permanente. »
Si les discours relatifs à la consommation les années passées étaient emprunt d’optimiste et d’allant, force est de constater que le discours 2021 avait opté pour une posture défensive : « Il faut pousser le consommateur à aller vers le bio ! » Quand apparaît le « Il faut » dans un discours, c’est qu’il n’y a pas de solutions immédiates à proposer, mais que des solutions doivent être trouvées.
Cependant, la France est depuis 2018 leader européen en termes de superficie agricole bio (2,73 millions d’hectares en bio ou conversion. Soit 10,3 % de la surface agricole nationale), devant l’Espagne et l’Italie.
Et elle est depuis 2020 le premier vignoble mondial conduit en bio, avec une superficie globale de 137 442 hectares (+40 % en conversion). Cette superficie nationale est passée à 159 868 en 2021 (dont 69 570 en conversion). En septembre 2021, 20 % du vignoble français était devenu bio.
Nos voisins en 2020 : Espagne, 131 183 hectares (+21 % en conversion). Italie, 117 378 hectares. En 2020, l’Italie a exporté 88 % de ses vins bio ; l’Espagne, 91 %. La France garde un marché intérieur soutenu puisque l’exportation représente 42 % de ses ventes.
À noter que les trois premiers pays d’Europe assurent à eux seuls 85 % de la production viticole mondiale. (Source OIV : septembre 2021).
Ce qui offre des débouchés notamment vers l’Amérique du Nord. USA et Canada concentrent à eux deux 49,3 % de la consommation mondiale de bio (source Agence bio 2019).

La Gironde, vignoble bio leader national et leader mondial

Si la France est le premier vignoble bio mondial, la Gironde est le premier vignoble bio national. Voilà qui fait de Bordeaux la première AOC bio au monde en superficie.
La Gironde possède 25 310 hectares viticoles engagés en bio. Si l’on remet cela dans un contexte international, le vignoble girondin bio, c’est presque le double du vignoble américain bio. En Gironde, pas moins de 1 247 vignerons ont franchi le pas.
Mais le mouvement risque de ralentir fortement selon les sources du terrain.


Cette superficie viticole bio se décompose comme suit :

  • 9 568 hectares en bio (+749 hectares en 2020 ; + 8,5 %)
  • 15 741 hectares en conversion (+4 691 hectares en 2020 ; + 42,5 %).
    • Aujourd’hui, 23 % du vignoble bordelais dans son ensemble est donc engagé dans l’aventure bio. Avec des poches plus ou moins marquées en fonction des territoires.
      C’est un bond incroyable. La superficie de la viticulture bio en Gironde a quasiment doublé en trois ans (2019-2021), et a quadruplé en 9 ans.
    • Pour comparaison, la Bourgogne, c’est aujourd’hui 6 300 hectares en bio (21 % du vignoble). La Champagne : 2 774 hectares (8 %).

Des chiffres à l’échelle communale

L’Agence bio, sous l’égide du ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire (le nouveau nom du ministère) a développé sur son site internet un observatoire des productions et des consommations.
Cet outil permet de connaître la superficie bio par communauté de communes (lire tableau page ci-contre), voire de descendre à l’échelle de la commune.
Pas de surprise à l’horizon, en Gironde, c’est bel et bien la viticulture qui tire le mouvement bio.
Les obligations de certifications environnementales dans les cahiers des charges à l’horizon 2023 créent une dynamique importante. C’est particulièrement visible sur Saint-Émilion et ses satellites. Saint-Émilion possède aujourd’hui plus de 25 % de sa superficie en bio. Puisseguin compte 46 % de son appellation en bio.
Le mouvement engagé dans l’Entre-deux-Mers est aussi important, surtout en bordure du Bergeracois. Il est lisible aussi en Médoc et sur les secteurs Blaye et Bourg.
Tout un vignoble
en mouvement
Le mouvement Girondin est donc important par son ampleur et par le nombre d’acteurs investis aujourd’hui dans l’ensemble des appellations.
Plusieurs explications à cela : la pression sociétale, certes. Le marché du bio, qui se porte mieux, mais qui connaît aussi des érosions en relation avec la saisonnalité. Certains exploitants de plus de 50 ans, engagent la conversion, avec à l’esprit la possibilité de transmettre plus facilement leur propriété. Or passer au bio reste un investissement qui demande à être anticipé et calculé très en amont.
Cet affinage dans la connaissance des certifications environnementales par AOC était jusqu’à présent difficile à recenser. Cela devrait avancer vite dans les 12 mois à venir, car de nombreuses appellations vont inscrire les mentions dans les futures déclarations de revendication.

 Emmanuel Danielou

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