La « Foncière d’avenir en Gironde » est lancée
Baptisé « Foncière d’avenir en Gironde », le dispositif expérimental d’intervention foncière pour restructurer le vignoble et rebondir face à la crise a été lancé le 5 mai dernier, avec le premier comité de pilotage réuni sous la présidence du Préfet de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, Étienne Guyot, et du vice-président de la Région Jean-Pierre Raynaud. Inédit en France, il a été impulsé par l’État et le Conseil régional, en concertation avec les organisations professionnelles agricoles et viticoles, l’Établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine, les chambres consulaires, les banques partenaires et les collectivités territoriales, sur une idée de Dominique Techer, de la Confédération Paysanne.
« Ce dispositif représente beaucoup de travail et il faut saluer la mobilisation de tous les partenaires, a commenté le Préfet. S’il reste encore beaucoup d’inconnues sur ses résultats, il doit faire la démonstration que collectivement, nous sommes capables de mener une action puissante, concrète et efficace pour rebondir face à la crise. » Une mobilisation également saluée par la vigneronne Laurence Imperiale, membre de la FNSEA. « C’est la première fois que tous les syndicats sont alignés, a-t-elle souligné. C’est un formidable outil social qui va permettre de désendetter et sauver certains et permettre à d’autres de sortir la tête haute. » Bernard Farges, président du CIVB, a pour sa part salué l’engagement personnel du Préfet, celui de l’État et de la région, et celui des quatre banques privées pour ce projet très novateur, « dans un contexte qui conduit à réfléchir et à dépasser nos a priori syndicaux, professionnels ou vis-à-vis d’un financement privé. D’autres régions, ainsi que le ministère de l’Agriculture, vont observer ce projet de près. Nous sommes lancés pour aboutir et réussir. C’est avec la réussite de cet outil que serons à même d’accélérer la restructuration foncière et agricole de notre département. »
Le principe : la « Foncière d’avenir », structure public-privé qui sera créée en fin d’année, va racheter à leurs propriétaires des parcelles de vignes arrachées ou en friche, sur la base du prix du marché foncier, pour les proposer ensuite à la vente ou à l’échange. Elle assurera le portage des terres dans l’intervalle. L’acquisition de stocks de vin, pour distillation, est également envisagée.
Les objectifs :
- Redonner des perspectives aux agriculteurs en permettant le désendettement et en améliorant la performance économique des exploitations ;
- Consolider les exploitations viticoles pour améliorer leur compétitivité (remembrement amiable et échange de parcelles) ;
- Favoriser l’émergence de projets de diversification, individuels ou collectifs, en reconstituant des îlots fonciers bien structurés, dans des secteurs adaptés, en tenant compte de la qualité agronomique des sols, de l’accès à l’eau ;
- Contribuer au plan d’action de lutte contre les vignes en friche, en coordination avec les collectivités ;
- Permettre aux viticulteurs qui le souhaitent de cesser ou de diminuer leur activité viticole en apportant une solution aux propriétaires en abandon de fermage ou sans repreneur ;
- Réduire les stocks de vin qui impactent le bilan économique des entreprises grâce à la distillation (mise en place en cours).
Le dispositif et son financement :
L’amorçage du dispositif sera assuré par l’Établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) qui avance une enveloppe de 10 millions d’euros pour réaliser les premiers achats, prévus entre 1 000 et 2 000 hectares de terres viticoles ou arrachées, sous réserve d’une rétrocession garantie auprès des établissements bancaires.
La Foncière d’Avenir, qui prendra la suite, assurera le portage long du foncier pour permettre les opérations de restructuration qui nécessitent du temps. Un accord financier a été trouvé pour un capital initial à hauteur de 20 millions d’euros : 14 millions d’euros apportés par les 4 banques partenaires (Crédit Agricole d’Aquitaine, Banque Populaire Aquitaine-Centre Atlantique, Crédit Mutuel du Sud-Ouest et Caisse d’Épargne Aquitaine-Poitou-Charentes) ; 3 millions d’euros apportés par le Conseil régional Nouvelle-Aquitaine ; 3 millions d’euros apportés par l’État et ses établissements publics (CCI de Bordeaux-Gironde et Chambre d’agriculture de la Gironde).
La SAFER, opérateur foncier pour la mise en œuvre du dispositif, assurera les acquisitions des terres (négociation avec les propriétaires, papales à candidatures..), leur gestion (recherche d’exploitant ou de solutions d’entretien, échanges restructurants…) puis les rétrocessions (appels à candidatures, signatures…).
5. Schéma fonctionnement de la Foncière d’Avenir en Gironde
L’appel à manifestation d’intérêt
L’appel à manifestation d’intérêt (AMI) a été lancé le lendemain 6 mai. Il a pour objectif d’identifier précisément les parcelles que les propriétaires souhaitent vendre ou échanger et de permettre au comité de pilotage de fixer les critères d’éligibilité et de priorisation des acquisitions, en cohérence avec les objectifs de la Foncière d’avenir.
L’ensemble des propriétaires, exploitants ou non-exploitants, de terres viticoles situées en Gironde sont invités à répondre à cet appel à manifestation d’intérêt. Les parcelles concernées peuvent être : des terres nues issues d’arrachage viticole ; des vignes cultivées vouées à l’arrachage en 2026 ; des vignes en friche ; à titre accessoire, des bois ou bâtiments attenants.
Les dossiers doivent être déposés jusqu’au 7 juin 2026 à 23 h 59. Le dépôt des candidatures s’effectue via le formulaire de candidature est accessible en ligne à l’adresse suivante : https://demarche.numerique.gouv.fr/commencer/ami-fonciere-davenir-en-gironde
Les candidats devront notamment renseigner : leur identité et leurs coordonnées ; un descriptif de leur exploitation le cas échéant ; une présentation du projet envisagé en lien avec les objectifs du dispositif ; les caractéristiques des parcelles proposées à la vente ou à l’échange. Une notice explicative est disponible pour accompagner les candidats dans leurs démarches.
Les propositions seront ensuite analysées au regard de plusieurs critères croisés : la qualité agronomique des sols et les potentialités de diversification, la cohérence parcellaire, les enjeux environnementaux, la compatibilité avec les documents d’urbanisme, l’inscription dans des dynamiques territoriales, la contribution au redressement économique des exploitations, etc.
La participation à l’AMI ne vaut pas engagement d’acquisition, mais chaque dossier fera l’objet d’un examen attentif.
Le comité de pilotage de la Foncière d’Avenir en Gironde se réunira début juillet afin de définir les priorités, en cohérence avec les objectifs de la Foncière d’avenir. Des échanges seront ensuite engagés par la SAFER Nouvelle-Aquitaine avec les propriétaires en vue de la formalisation des opérations foncières.
Pour toute information sur l’AMI, vous pouvez contacter la SAFER Nouvelle-Aquitaine par mail : fonciere@saferna.fr ou par téléphone de 8h30 à 12h30 et de 14h00 à 18h00 : 05 56 69 29 71.
Des réunions publiques sont également organisées dans chaque des sous-préfectures d’arrondissements pour présenter le dispositif :
- Blaye : 6 mai à 9 h à la salle polyvalente de Cars
- Libourne : 7 mai à 9 h au Lycée agro-viticole de Montagne (36, Rte de Goujon, Montagne)
- Langon : 7 mai à 15 h à la sous-préfecture de Langon (19, cours des Fossés)
- Lesparre-Médoc : 11 mai à 14 h au cinéma Jean Dujardin (20, rue du palais de justice)
- Bordeaux : 22 mai matin (lieu à définir).