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Article du magazine numéro #1164 - Avril 2019

Semaine des métiers de la vigne et du vin

Semaine des métiers de la vigne et du vin

Semaine des métiers de la vigne et du vin

Sandrine Deviers a 50 ans, et a découvert les métiers de la vigne il y a quelques années seulement. Une reconversion qu’elle prend à bras-le-corps. Et cette ancienne galeriste d’encadrement d’art " s’éclate " dans sa nouvelle vie à la vigne. « Ce n’est pas la vie la plus simple, mais c’est celle qui m’épanouit. »

Sandrine Deviers a sillonné le monde au gré des mutations de son mari fonctionnaire. « Et quand on est appelé à bouger, gérer ses deux enfants, on adapte sa vie professionnelle. » Voici quelques années, après un 14e  déménagement, elle pose ses bagages en Gironde. « Je suis arrivée en août, et à la rentrée scolaire suivante, je rencontre une parente d’élève qui me demande quelle est mon activité. Je lui réponds en souriant que je rêve depuis que je suis enfant de tailler la vigne. La parente d’élève n’était autre que la présidente de l’ADEFA Gironde (1)… » Il est comme cela des parcours de vie qui ramène à l’enfance. Sandrine Deviers grandit près de Chambéry. « Je suis d’origine savoyarde. Enfant, à côté de chez moi, il y avait une vigne. Je trouvais magique de voir mon voisin tailler la vigne l’hiver, et de m’offrir du raisin au moment de la rentrée scolaire.Tailler la vigne, je trouvais cela magique

Pourtant, rien ne la prédisposait à travailler les ceps. « J’avais une galerie d’encadrement d’art. Quand on est mariée à un haut fonctionnaire, il est difficile de trouver du travail. Mais à Bordeaux, je me suis rendue à Blanquefort, au CFPPA. J’hésitais entre un métier en horticulture et en viticulture. Mais il n’y avait rien en horticulture, aussi, je me suis dirigée vers la viticulture. » Sandrine étudie alors en 2014 et 2015, passe un brevet professionnel agricole vitioeno. « Cela a changé ma vie. Je m’éclate chaque jour que Dieu fait. » Très vite, elle se retrouve embauchée comme ouvrière polyvalente. Du haut de son mètre 75, et avec 62 kg, Sandrine affiche la couleur : « Je suis musclée ». Avec sa crinière blanche, et ses yeux rieurs, la jeune quinqua qui a de l’énergie à revendre n’a pas peur des défis à relever. Au contraire, elle en fait un moteur : « J’ai un foutu caractère. J’ai déménagé 14 fois en 25 ans. Me donner des challenges de plus en plus haut, je sais faire. Conduire un tracteur dans un milieu macho, cela me fait rire. Changer de vie à 50 ans, s’autoriser une reconversion professionnelle, c’est un vrai défi. Mais aujourd’hui, j’ai le respect de mes collègues pour ce que je sais faire. Quelque part, j’ai un peu gagné. Je trouve que ma vie est plus riche de ce parcours. Certes, c’est difficile, ce n’est pas forcément la vie la plus simple, mais c’est celle qui m’épanouit. »

Le savoir être et l’envie de travailler

Vincent Laporte, son patron au château Vieux Manoir, à Targon, explique ce qui a motivé ce recrutement atypique : « J’ai porté mon choix sur Sandrine pour deux raisons : la première, c’est son savoir être. La seconde, c’est cette envie de travailler dont elle a su me faire part. Quand il y a cette volonté et cette envie, les compétences au travail suivent. » Il retient aussi son esprit méticuleux : « Il est des tractoristes rapides mais qui cassent. D’autres, plus lents, mais qualitatifs. Et Sandrine appartient au second groupe. Certes, elle n’a pas la force physique de ses homologues hommes, mais pour des raisons de sécurité, les phases d’attelages se font toujours à deux. » Le manager, issu du monde du rugby, se plaît à posséder dans ses rangs un membre au parcours différent : « On va toujours plus loin en équipe que seul. La complémentarité permet de se hisser vers le haut. » Il avait mesuré aussi sa responsabilité de manager à favoriser l’intégration d’une personne motivée, mais « toujours en phase d’apprentissage ». Et avec le recul, il observe que posséder en son sein une femme dotée de maturité « a une influence positive sur l’ambiance du groupe. »

« On ne me collera plus dans un bureau »

Sandrine prend plaisir à la vigne. « Le cycle des saisons, les années différentes les unes après les autres rendent le métier changeant. On est en challenge avec la nature. Je travaille dans un domaine qui a pris le gel en 2017, qui a grêlé en 2018. Quand vous voyez que 10 minutes de grêle vous pourrissent l’année, c’est ingrat. Mais en même temps, ça rend humble. » Sandrine Deviers constate que le château Vieux Manoir à Targon où elle est salariée manque cruellement de tractoriste. « Ça me fait bondir quand on dit qu’il n’y a pas de boulot en France, sachant que dans de nombreux domaines on cherche du monde. » Elle arrête de parler. « Vous me donnez deux minutes, je termine mon rang ! » Puis elle se redresse avec un éclat de rire : « En tout cas, aujourd’hui, on ne me collera plus dans un bureau devant un ordinateur. J’ai besoin de grand air ! »

E. Danielou

Le programme de la quinzaine des métiers de la vigne et du vin en Gironde consultable ici