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Article du magazine numéro #1165 - Mai 2019

Les protections physiques comme alternative aux pesticides

Les protections physiques comme alternative aux pesticides

Les protections physiques comme alternative aux pesticides

L’IFV, Innovin, le Ctifl et Agri Sud-Ouest, ont organisé le 3 avril dernier, une rencontre pour faire le point sur les protections physiques comme alternative aux pesticides. L’enjeu était de voir comment les innovations et expériences menées dans l’horticulture, dans la production de fruits et légumes ou à la vigne étaient transférables. Il s’agissait de poser le cadre, faire le point sur les méthodes testées, et faire connaître celles en expérimentation.

Xavier Langlet, référent de l’agriculture biologique au ministère de l’Agriculture est intervenu sur le " paquet pesticides ". Ce dernier fixe, depuis 2009, les règles de mise sur le marché et l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Ces règles sont associées à des directives-cadres qui fixent les règles d’utilisation des pesticides compatibles avec le développement durable. L’enjeu est de renforcer le niveau de protection de la santé humaine, des animaux, de l’environnement, dans un souci d’harmoniser les réglementations dans l’Union Européenne et le fonctionnement du marché intérieur.
Les molécules et les substances actives des différents produits sont évaluées par l’instance européenne EFSA pour arriver à un rejet ou une approbation du produit. Dans ce dernier cas les molécules acquièrent un statut de substance active et sont incluses dans un autre règlement - un listing des substances actives autorisées au niveau communautaire. L’ANSES établit ensuite l’autorisation nationale de mise sur le marché. « Ce produit, insiste le référent, est autorisé pour un usage donné, donc une maladie ou un bio-agresseur identifié sur une culture spécifique avec un mode d’application déterminé. » Le processus d’approbation d’un produit demande environ 15 ans.

En conclusion, s’adressant aux chercheurs et entreprises le référent national tient à rappeler qu’il faut toujours se poser la question du champ d’application : « On a un projet, on a un moyen de protection, comment peut-on positionner cette méthode par rapport à la réglementation ? »
Nicolas Aveline, de l’IFV, fait le point sur les solutions testées en plein champ dans les différentes filières. Il pointe du doigt la richesse d’une littérature scientifique et d’une littérature grise concernant la gestion de l’enherbement et des adventices. Son listing passe en revue l’ensemble de ces méthodes : désherbage au gaz, eau chaude, thermothérapie (souffler de l’air chaud sur les vignes pendant la période gestative), méthodes prophylaxiques (ramassage des pathogènes), collecte des ravageurs (aspirateurs), confusion par vibrations, etc. D’autre part Nicolas Aveline, met en garde contre les effets secondaires de chacune de ces solutions, en particulier sur la physiologie de la vigne.

Quelques expérimentations testées

Ozone. Marielle Pages-Homs, enseignante-chercheuse à PURPAN a présenté une étude qui vise à démontrer l’intérêt des techniques oxydatives avancées pour limiter l’utilisation des intrants en viticulture. L’ozone est ainsi utilisé comme puissant désinfectant (2 fois plus puissant que le chlore). Il réagit avec la matière organique et agit par contact. Utilisé sous forme gazeuse ou dissout dans l’eau, il n’a qu’une durée de vie limitée (30 minutes). Il est déjà utilisé contre les bactéries, les champignons et les virus dans les chais et les cuveries. À la vigne, la capacité sporicide est en cours d’évaluation sur des maladies du bois comme l’ESCA. On observe qu’un traitement à l’ozone a des effets sporicides contre les champignons. Des effets vérifiés in vitro et in vivo. Il reste en premier lieu un agent préventif pour limiter l’infection primaire et paraît être à ce jour une solution non rémanente pour réduire la pression fongique dont les méthodes d’application restent à parfaire du fait de son action limitée dans le temps.

Flash UV. Il s’agit d’une solution visant à stimuler les défenses de la plante par flash UV. Brevetée en 2015, cette innovation, soutenue par l’IFV et Euralis, est en phase de test avancé en conditions réelles sur vignes et fraises pour lutter plus particulièrement contre les maladies cryptogamiques (oïdium ou mildiou). La société UV Boosting est entrée en phase d’industrialisation depuis 2019. Sans effet délétère l’application de ces flashs UV nécessite un accessoire de type rogneuse. La solution implique un passage tous les dix jours entre le stade cinq à six feuilles et la floraison pour prévenir les maladies. La société recommande une solution mixte alliant dosage phyto et UV.

Génodique. Les Caves de Buzet testent la génodique depuis 2015. Une installation de diffuseurs sonores pour lutter contre l’Esca. Et les premiers résultats semblent probants. La génodique est une science qui fait le lien entre la physique ondulatoire et la biologie moléculaire. Elle permet de calculer et produire les fréquences de chaque acide aminé qui compose une protéine. Cette suite de fréquences constitue le message reconnu par la plante qui va ainsi augmenter ou diminuer la synthèse des protéines visées. Les protéodies du diffuseur sonore stimulent la production de protéines impliquées dans la synthèse du bois et dans le système de défense naturel des plantes. Celles-ci inhibent également la production de protéines responsables du développement des champignons et de leur toxicité. Les tests réalisés entre 2015 et 2018 font état d’un lien entre le principe génodique et une baisse de la mortalité réduite de moitié. Une matinée ardue et instructive qui envoyait le message que face à la pression sociétale, et aux enjeux de santé publique grandissant, l’industrie se doit d’accompagner plus fortement ces innovations et solutions naissantes.

H. Clemens

 

Deux notions nouvelles apparaissent dans le règlement 2009 entré en application en 2011 :

- La notion de substance de base (Art. 23)

Les substances de base sont des substances non préoccupantes, sans effet toxique, sans per turbateurs endocriniens, les denrées alimentaires peuvent en faire partie : la prêle, l’ortie, le vinaigre, la bière… (procédure d’approbation simplifiée et illimitée dans le temps). Ces substances sont exemptées d’autorisation de mise sur le marché.

- La notion de substance active (Art. 22) et de produit phytopharmaceutique (Art. 47) à faibles risques.

Les substances à faible risque sont classées non persistan tes, de faible bio-concentration, sans effet perturbateur. Ces substances feront l’objet d’une procédure d’approbation complète, sachant qu’il faut faire la démonstration que les substances sont à faible risque (approbation pour 15 ans).