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Extrait d'un article du magazine numéro #1167 - Juillet 2019

Les œnologues de Bordeaux visent l’ouverture et l’international

Les œnologues de Bordeaux visent l’ouverture et l’international

Les œnologues de Bordeaux visent l’ouverture et l’international

Diala Younes Lavenu, présidente de l'association des oenologues de Bordeaux

Renforcer le réseau, accompagner les jeunes diplômés et développer le soutien de ses adhérents à l’international en créant un réseau mondial. Plus que jamais, l’activité de l’association des oenologues de Bordeaux prolonge l’évolution du métier d’oenologue. Malgré cela, elle peine à recruter de nouveaux bénévoles prêts à s’engager dans la vie associative. Union Girondine : Présentez-nous cette association que vous présidez depuis bientôt deux ans. Diala Younes Lavenu : L’Association des oenologues de Bordeaux, anciennement de la faculté d’oenologie et aujourd’hui, de l’Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV) - Université de Bordeaux existe depuis 1966. Pour mémoire, le Diplôme national d’oenologue (DNO), avait été créé à Bordeaux en 1955. L’association compte 450 adhérents sachant que depuis 1955, près de 2 500 étudiants oenologues sont sortis diplômés de Bordeaux. Récemment, dans l’objectif de plus d’ouverture à l’ensemble des professionnels du vin qui travaillent sur Bordeaux et partant aussi du fait que nous organisons des événements qui peuvent les intéresser, nous avons décidé d’ouvrir la possibilité d’adhérer à l’association à travers "les amis des oenologues". En créant cette nouvelle voie d’adhésion, l’association marque sa volonté d’enrichir et de renforcer son réseau. Pour ce qui est du budget annuel, les recettes sont uniquement constituées des cotisations de nos adhérents et des soutiens de nos sponsors. Nous ne recevons pas de subvention mais nous avons des partenaires et des sponsors qui nous suivent régulièrement pour concrétiser nos événements. Nous maintenons de très bonnes relations avec l’ensemble de ces partenaires et j’en profite ici pour les remercier vivement. Enfin, pour être complet, j’ajouterai que l’Association est aussi l’unique actionnaire de la filiale d’édition dont le nom est VVPI (Vignes et vin publications internationales) qui édite aujourd’hui l’agenda des oenologues ainsi que plusieurs guides comme "les produits oenologiques" ou le guide de la barrique. U.G. : Deux mots sur les objectifs et le fonctionnement de l’association ? D. Y-L : L’association a pour but de rassembler les oenologues diplômés de Bordeaux autour d’événements techniques, de dégustations, de soirées festives pour enrichir le réseau. L’objectif est de faire rayonner l’association dans la région et à l’international. Le conseil d’administration compte 14 personnes et côté fonctionnement, c’est très simple, nous sommes tous bénévoles avec une seule salariée qui partage son temps entre les activités de l’Association et le travail d’édition. En outre, une chargée d’affaires en free lance travaille aussi pour le suivi commercial et la recherche des partenaires. Comme ces deux personnes qui assurent des postes clés pour l’association vont bientôt partir à la retraite, nous menons actuellement une réflexion assez vaste pour définir la formule économico-associative à adopter pour la suite. Rien n’est encore décidé pour le moment. A cela s’ajoute aussi un problème qui vient du constat que l’engagement associatif et le bénévolat n’attirent plus. Aujourd’hui, nous rencontrons en effet des difficultés pour trouver des personnes motivées pour s’engager et s’impliquer. C’était moins le cas il y a 10 ou 20 ans. U.G. : Parlez-nous de la matinée des oenologues qui est un des temps forts de la vie de l’Association. D. Y-L : La "Matinée" est la fierté de l’association. Cet événement qui dure en réalité une journée entière est organisé depuis 2003 par la commission technique dont le représentant est François Fèvre. Ce rendez-vous consacré à l’information technique des oenologues, dont les thèmes s’inspirent de sujets d’actualité rencontrés sur le terrain, est attendu par au moins 400 professionnels chaque année. On essaie, dans la mesure du possible, d’apporter des réponses techniques tant sur l’aspect oenologique bien sûr, mais aussi, du point de vue viticole, réglementaire, environnemental, écologique, voire sociétal. Nous optons surtout pour l’ouverture et la présentation pragmatique de données sans tabou. On ne s’interdit donc aucune question, quitte à choquer pour réveiller les esprits. A noter que, selon la thématique et l’angle abordés, nous pouvons être amenés à solliciter des intervenants venus de toute la France. Bien entendu, nous travaillons en collaboration avec l’ISVV riche en matière de recherche et de développement mais nous prenons la liberté d’élargir le champ des débats. Après chaque "Matinée", nous envoyons un questionnaire de satisfaction pour évaluer l’événement qui vient de se dérouler mais aussi pour rechercher les idées de thèmes futurs en s’inspirant des sujets qui préoccupent la profession. Je peux déjà annoncer que le thème 2020 portera sur la "Responsabilité sociétale des entreprises" (RSE) et que cette fois encore, nous essaierons de balayer tous les aspects de la question et pas uniquement ceux liés au chai. En outre, cette journée technique riche d’échanges et d’informations offre une belle visibilité parmi les décideurs de la filière sur Bordeaux. Elle intéresse donc beaucoup nos partenaires. Cette année, nous avons accueilli près de 470 participants. U. G : En choisissant un thème comme la RSE vous mettez très clairement en avant que l’oenologue est désormais bien plus qu’un vinificateur et un assembleur de vin. D. Y-L : C’est évident et depuis déjà longtemps. Le temps où l’oenologue pouvait uniquement se contenter de maîtriser ses fermentations est révolu. Aujourd’hui, non seulement il doit se préoccuper de la qualité des raisins et de la vendange mais il doit aussi être averti au niveau des différentes normes et concerné par la mise en oeuvre des systèmes environnementaux et la recherche permanente de la qualité. L’oenologue se trouve aussi face à de nouveaux défis qu’ils soient climatiques, environnementaux et sociétaux. Et il doit en outre savoir apporter des réponses adaptées à l’évolution du goût des consommateurs. L’oenologue d’aujourd’hui doit être ouvert à tous ces questionnements et notre rôle est de l’accompagner sur cette voie. La formation du DNO est une très bonne base pour aborder ces différentes responsabilités. Dans ce contexte, notre association a comme objectif d’apporter des éléments d’information complémentaires sur tous ces nouveaux thèmes car pour les vignerons, l’oenologue est une personne de confiance sur laquelle ils peuvent s’appuyer pour mener une réflexion globale sur leurs changements ou évolutions de pratiques. U.G. : En 2018, la commission, " vie étudiante" a aussi été mise en place justement pour préparer de façon encore plus pratique les jeunes sortants aux nouveaux défis qui les attendent ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? D. Y-L : Je tenais vraiment à mettre sur pied cette nouvelle commission dont le représentant est Gautier Duffau, parce que les jeunes sont l’avenir de l’association. Le but est effectivement de les accompagner et d’être présents dans leur vie universitaire afin de les préparer à la réalité du monde professionnel et à tous ces défis qui les attendent. Par exemple, à la demande de Pierre-Louis Tesseidre en sa qualité de responsable de la formation d’oenologie à l’ISVV, nous avons proposé aux étudiants une journée de visites "terrain" autour du bio et de la biodynamie en visitant plusieurs structures dans le Médoc. Dans le même esprit d’accompagnement vers la vie active, l’association propose aux étudiants et aux jeunes diplômés qui le souhaitent l’attribution d’un mentor. Une quinzaine d’étudiants en ont fait la demande cette année. C’est environ un étudiant sur quatre. Franchement, je regrette que ce pourcentage ne soit pas plus élevé car ce service peut vraiment être un formidable soutien pour préparer l’entrée dans le monde professionnel. U.G. : D’autres événements organisés par l’association visent aussi à renforcer le réseau et à favoriser là encore l’intégration des jeunes sortants dans le métier. Pouvez-vous nous les décrire ? D. Y-L : La commission "dégustation"représentée par Marie-Hélène Schaaper, permet par exemple de réunir 4 ou 5 fois par an les jeunes diplômés avec les anciens autour de différents thèmes de dégustation. Renforcer le réseau est effectivement le coeur de mission de l’association. Pour cela en 2018, la commission "vie associative" a été créée. J’en assure la représentation. Une première soirée événement dénommée "OENOFESTIV" a été organisée pour fêter l’anniversaire décennal des promotions en "8" depuis 1968. Cette année, nous avons reconduit la soirée pour les promotions en "9". Désormais, cet événement sera inscrit dans l’agenda de l’association en tant que rendez-vous annuel des promotions. Le renforcement du réseau est aussi assuré grâce au service "emploi", représenté par Laurence Gamarde, qui propose une synthèse des offres d’emploi pouvant intéresser nos adhérents auxquels ce service est réservé. Et bien sûr, toujours en direction des jeunes sortants, nous organisons le baptême de chaque promotion et ce depuis 1986. Cette année, la promotion 2019 portera le nom de Château de Ferrand à Saint-Émilion. U.G. : Vous évoquiez l’avenir de cette association et les difficultés à pérenniser l’engagement et tout spécialement celui des jeunes sortants. Quelle réponse peut apporter l’association ? D. Y-L : Le constat est simple. 35 % des jeunes sortants s’engagent aujourd’hui dans des expériences professionnelles à l’étranger et c’est excellent. Mais d’un autre côté, le bénévolat devient de plus en plus difficile dans les sociétés plus individualistes. Nous allons partir en quête de bonnes volontés à l’international pour pérenniser l’engagement à long terme dans notre association. Nous travaillons à travers la commission "réseau oeno-ambassadeurs", laquelle est représentée par Vincent Cruège depuis 2018. Le but est d’établir un réseau international à partir de notre base bordelaise. On se donne une année pour lancer ce réseau et à long terme , on vise une présence dans 30 pays. Pour le moment une charte a été établie et la marque Oeno-ambassadeurs a été déposée auprès de l’INPI. Reste à identifier ces "ambassadeurs" qui accepteront un minimum d’implication en tant que représentants de l’association chargés de développer un réseau au service des adhérents. Propos recueillis par M-N Charles