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Article du magazine numéro #1153 - Avril 2018

Entretien : Jean-Louis Dubourg, président de la Fdsea Gironde

Entretien : Jean-Louis Dubourg, président de la Fdsea Gironde

Entretien : Jean-Louis Dubourg, président de la Fdsea Gironde

L'année 2018 est une année charnière à bien des niveaux pour l'agriculture et la viticulture. La Fdsea de Gironde a comme ambition de faire vivre un modèle agricole économiquement viable et capable de s'adapter aux changements. Et ce quelle que soit la taille de l'exploitation et ses choix de mode de production. L'Union Girondine a interrogé Jean-Louis Dubourg, président de la Fdsea Gironde.

Union Girondine : La guerre des prix et la destruction de la valeur ajoutée ont été au coeur des débats des Etats Généraux de l'Alimentation. Où en est-on sur ce sujet ?

Jean-Louis Dubourg : Le constat est simple. Malgré leurs engagements, les distributeurs ont du mal à suivre la charte nationale qu'ils ont pourtant signée à l'automne dernier. On déplore toujours des braderies sur les produits alimentaires et, même si on n'a pas récemment constaté de problème de cet ordre sur le vin, il faut rester vigilants et faire remonter les informations. On recommande aussi aux producteurs d'éviter de céder à la tentation de la baisse des prix pour écouler leurs produits. Bien sûr, on sait que la situation économique de certains d'entre eux, notamment suite au gel de 2017, n'est pas favorable et que le besoin est parfois fort d'écouler les produits coute que coute. C'est une raison de plus pour que les filières s'organisent pour regrouper l'offre, nous avons une situation avec des milliers de producteurs face à 4 centrales d'achats. A la suite de ces travaux un projet de loi portant sur l'équilibre des relations commerciales et l'encadrement des promotions dans le secteur agricole et alimentaire a été présenté fin janvier par le gouvernement. Il sera discuté par les parlementaires dans les mois qui viennent. C'est un des dossiers de l'année 2018 car nous voulons aboutir à des résultats concrets. Actuellement, il n'y a que le beurre qui bénéficie d'un traitement différent de la grande distribution, car cette dernière ne souhaite pas revivre la situation de l'automne 2017.

U. G. : Fin novembre 2017, la Fnsea a lancé le contrat de solutions.Pouvez-vous nous en dire un peu plus et faire le point d'actualité sur ce dossier ?

Jean-Louis Dubourg : Avec ce contrat de solutions, la Fnsea et 35 organisations agricoles privées et publiques de recherche et de développement se sont engagées pour arriver à diminuer les usages, les risques et les impacts de l'utilisation des produits phytosanitaires en agriculture. L'idée c'est de croiser les connaissances et les compétences de l'ensemble des filières pour atteindre ces objectifs. La production viticole est représentée dans ce projet à travers la commission viticole de la Fnsea. En favorisant les synergies, ce projet doit permettre d'amplifier et d'accélérer un mouvement qui existe déjà. Il a aussi comme objectif de valider des solutions concrètes pouvant garantir la rentabilité des exploitations agricoles. Le projet a été présenté fin février au Salon de l'Agriculture. Il comprend plus de 250 pistes d'avenir identifiées dont certaines sont déjà développées sur le terrain. Huit grandes thématiques  ont été relevées. Elles portent sur l'amélioration des plantes et l'innovation variétale, la robotique et l'agroéquipement, l'agriculture numérique, les produits de protection des plantes innovants, le biocontrôle, les pratiques agronomiques, les démarches de filière et de territoire et le conseil, la formation et la diffusion. Bien sûr, tout cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Nous sommes dans les domaines de l'innovation et de la recherche avec des résultats qui ne sont pas faciles à planifier et certaines solutions s'inscrivent dans le long terme. En outre, le but de ce contrat de solutions est aussi de rassurer les agriculteurs en leur montrant que le changement est possible chez eux. On souhaite en effet générer l'engagement du plus grand nombre. En montrant que certaines solutions sont déjà opérationnelles, ce projet permet aussi d'expliquer que la profession agricole a agi bien avant la récente montée de la pression sociétale autour de l'utilisation des produits phytosanitaires. Il s'agit d'une démarche constructive à travers laquelle les agriculteurs montrent qu'ils ont entendu la demande des consommateurs et qu'ils sont prêts à travailler encore plus dans ce sens à condition qu'ils puissent s'y retrouver au niveau économique. Un important travail d'expertise est donc à mener pour évaluer le coût global de ces changements de pratiques et celui de tous les moyens d'accompagnements. Et sur ce point, c'est le gouvernement qui a la main.

U. G. : Parmi les thématiques certaines sont emblématiques ?

Jean-Louis Dubourg : Suite à l'année 2017 et à l'épisode de gel, nous avons incité nos adhérents à envisager la gestion des crises pour leurs entreprises et à utiliser tous les leviers disponibles en particulier l'assurance aléas climatique. Nous sommes également intervenus lors du pitoyable débat de fin d'année sur le glyphosate qui était hors de toute considération technique et scientifique, laissant imaginer que les utilisateurs de ce produit étaient totalement irresponsables. La question de l'utilisation des produits phytosanitaires en agriculture est devenue le problème récurrent irrationnel où nous parvenons très difficilement à faire reconnaître nos efforts et nos engagements.

U. G. : En juillet 2017, un pacte régional " Ambition Bio " a été signé à Bordeaux en présence de Phil Hogan ; commissaire européen à l'Agriculture et au développement rural. Où en sommes-nous ?

Jean Louis Dubourg : Avant d'évoquer ce pacte régional, je tiens à préciser que les producteurs bio de toutes les filières sont très présents dans notre réseau. Et ce sont eux qui portent l'expertise dans le bio et la production. Pour ce qui est du département de la Gironde, fin 2017 l'Agence Bio a recensé 809 fermes engagées en bio dont 560 en viticulture. Ce chiffre prend en compte les exploitations certifiées et celles en conversion. Concernant le pacte " Ambition bio " signé début juillet 2017, son objectif affiché était d'augmenter de 70 000 ha la surface régionale en conversion bio d'ici à 2020. Les producteurs bio de notre réseau demandent que la recherche agricole se mobilise d'avantage sur le bio. Ils soulignent aussi l'insuffisance du soutien. Pour mener à bien son plan Ambition bio, la Nouvelle-Aquitaine a en effet besoin de 57 millions d'€ sur 2017/2020 pour financer le maintien des producteurs.

U. G. : Concernant l'important dossier de la réforme de la PAC, quels sont les grands enjeux concernant la viticulture et la position de votre syndicat sur ce sujet ?

Jean-Louis Dubourg : L'enjeu est le maintien du budget de la PAC. Il semblait acquis mais on commence à entendre certaines remarques pour en amputer une partie. Notre rôle dans un premier temps est d'obtenir le maintien de ce budget. Le commissaire Phil Hogan lors de sa venue à Bordeaux et dans d'autres occasions a expliqué que la gestion des priorités Européennes impliquait des adaptations. Ensuite, pour la répartition les idées ne manquent pas. Il faut savoir que ce sera un jeu à " sommes nulles ". Autrement dit, ce qui sera attribué sur certains points sera retiré sur d'autres. Les points étant les filières, les agriculteurs, les priorités. Le rôle de notre réseau Fdsea et Fnsea est de proposer des arbitrages de synthèse et de les faire adopter par les autorités. C'est toute la place de notre syndicalisme de solutions.

U. G. : Et sur la question des marchés internationaux ?

Jean-Louis Dubourg : Pour les marchés internationaux, nous souhaitons la fin du laxisme sur les conditions de productions en matière technique, fiscale et sociale, l'idéal étant d'importer avec les conditions de production françaises. Autre point d'inquiétude, la menace de sanctions et de rétorsion sur les produits agricoles français de certains pays suite au conflit de l'acier aux Etats-Unis. Les enjeux diplomatiques ont souvent des répercussions sur l'agriculture.

U. G. : D'autres discussions portent sur des questions d'ordre fiscal ?

Jean-Louis Dubourg : Oui, sur ce sujet une consultation a été lancée avec le Ministère de l'économie. Plusieurs points sont en discussion comme la possibilité pour les sociétés agricoles de choisir plus facilement la formule de l'impôt sur les sociétés plutôt que celle de l'impôt sur les revenus. Chacun devrait pouvoir choisir en fonction de sa propre situation. L'autre débat important concerne la fiscalité de la transmission des exploitations agricoles. L'enjeu ici porte sur la préservation de la compétitivité des exploitations. Autre point qui n'est pas encore résolu malgré les promesses du candidat Macron, l'épargne de précaution ou DPA qui nécessite d'être adapté à la taille des exploitations agricoles.

U. G. : La formation des agriculteurs est un des volets importants pour la Fdsea ?

Jean-Louis Dubourg : Apprendre à communiquer positivement sur les pratiques et plus précisément sur la protection sanitaire et les traitements phytosanitaires est aujourd'hui très important pour les producteurs. Nous organisons sur ce thème des formations qui ont un certain succès. Cela permet de construire un argumentaire structuré et logique sur les pratiques. Le but de ces formations est aussi d'apprendre à se positionner calmement mais fermement vis-à-vis de ses interlocuteurs qui peuvent être des voisins, des parents, des amis ou même des journalistes. Pour ce qui est de la formation au métier d'exploitant, je crois qu'il faut reconnaître que l'agriculture a besoin de chefs d'exploitation avec un niveau d'ingénieur. Quand on regarde dans les exploitations, toutes filières confondues, l'arrivée d'un ingénieur ou équivalent est souvent un signal fort sur la marche de l'entreprise. Il faut donc se former.

U. G : Un message aux viticulteurs dans le contexte des futures élections aux chambres d'Agriculture.

Jean-Louis Dubourg : Le message est clair. C'est en étant unis et nombreux que l'on fera avancer les dossiers pour lever les difficultés qui touchent notre avenir. Nous avons évoqué de nombreux sujets mais nous devons être présents sur l'environnement, la gestion de l'eau, la qualité de l'air, la gestion des territoires, la fiscalité, le social, les dossiers employeurs en étant la seule organisation représentative des employeurs agricoles de main d'oeuvre, les conseils de prud'hommes, les négociations des conventions collectives, la transmission des entreprises aux jeunes générations avec le syndicat JA. Pour tous ces points qui concernent notre vie professionnelle quotidienne, nous avons besoin de professionnels engagés. Il y a de la place pour toutes les bonnes volontés, et c'est à chacun de choisir son domaine d'intérêt, d'agir pour le modèle agricole auquel nous croyons, et faire entendre notre voix.

M-N. Charles