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Article du magazine numéro #1170 - Novembre 2019

Côtes de Bordeaux : "Notre volonté est de valoriser les initiatives"

Côtes de Bordeaux : "Notre volonté est de valoriser les initiatives"

Côtes de Bordeaux :

Françoise Lannoye, président des Côtes de Bordeaux

Françoise Lannoye a été élue voici quelques mois à la tête de l’Union des Côtes de Bordeaux. Une mission qu’elle aborde « comme une grande responsabilité dans un moment pas facile ». La vigneronne de Castillon a de l’ambition pour ses AOC qui fourmillent d’initiatives en environnement, en vinification, en commercialisation. Le cap est donné aux Côtes : apporter sa pierre à une image de Bordeaux plus moderne, et poursuivre le développement à l’export.

Françoise Lannoye a le sourire. Les vendanges se sont bien passées, oui. Mais Françoise Lannoye a le sourire parce qu’elle estime qu’il en va de son rôle de présidente de l’Union des Côtes de Bordeaux : « Être positif, c’est important pour le collectif. Il ne faut pas se laisser abattre et j’aurai toujours un discours offensif. Il nous faut être dans la philosophie du verre à moitié plein. C’est long de faire évoluer les choses. Il faut parfois bousculer. Mais nous sommes une jeune appellation. Et c’est un avantage, nous ne sommes pas pris par le poids de notre passé. Au contraire, nous avons de bonnes clefs pour l’avenir. »

Union Girondine : François Lannoye, vous avez été élue présidente de l’Union des Côtes de Bordeaux au moment où l’appellation soufflait ses 10 bougies. Quel est votre objectif numéro 1 pour les Côtes de Bordeaux ?

Françoise Lannoye : Notre première volonté est de valoriser nos vins à l’export. Nous sommes encore trop faibles avec 26 % des volumes exportés. Certes, nous avons doublé en 10 ans, mais il faut aussi voir que Bordeaux parvient à exporter 45 % de ses volumes. Le premier constat est que nous sommes trop peu représentés chez les négociants. Nous travaillons à sensibiliser le négoce sur les Côtes de Bordeaux. Ils sont une des clefs de notre développement commercial, et nous sommes un vrai potentiel de croissance pour eux, car nos produits sont en phase avec la demande ! Depuis deux ans nous leur organisons une dégustation, qui a la particularité de proposer des références uniquement disponibles à la vente au négoce. Cette initiative innovante a été reprise depuis. C’est ça aussi notre marque de fabrique : comprendre les attentes de nos clients, s’adapter. Nous savons qu’il est difficile d’implanter une marque, des châteaux, mais nous constatons que nous avons des atouts. Sur un pays comme les États-Unis, le cœur de marché se tient entre 12 et 18 $ la bouteille. Et nous sommes vraiment dans le cœur de cible.

U. G : A l’heure où l’on parle aux viticulteurs de structuration de leur marché, qu’estce qui fait la force des Côtes de Bordeaux à l’export ?

F. L : Nous avons des vignobles à taille humaine (13 hectares de moyenne). Le plus souvent, nous pratiquons la vente directe en France, cette particularité nous rend peut-être encore plus proche des consommateurs, donc plus réactifs à leurs demandes et attentes. Dans la partie environnementale par exemple, juste pour vous donner un ordre d’idée, Francs Côtes de Bordeaux, ce sont aujourd’hui 50 % de viticulteurs en bio. Sur Castillon, nous étions à 25 % en 2016. Ailleurs, ça monte aussi. Les Côtes sont en moyenne à 15 % en bio. Ce qui explique une telle démarche ? Peut-être avons-nous aussi des superficies de domaines qui permettent davantage la conversion. Être plus petits permet de prendre plus d’initiatives, de tester, de réagir plus rapidement, il me semble. Mais les innovations sont aussi dans la vinification. Nous avons organisé une dégustation de vins sur des thématiques recherchées par les réseaux prescripteurs : amphore, sans soufre, monocépages, parcellaire… Nos vignerons n’avaient pas attendu la mode. Ils ont essayé, testé, depuis plusieurs années. Nous avons eu 130 références proposées. Comme nous avons besoin de nous différencier pour nous mettre en avant, nous avons développé une puissante capacité d’innovation.

U. G : Vous parlez de différenciation, mais comment parvenir à fédérer les Côtes de Bordeaux qui sont sur cinq territoires distincts, avec des identités fortes. N’est-ce pas un défi du quotidien ?

F. L : Je me suis investie assez tôt dans les instances de production. Et quand sont nées les Côtes de Bordeaux voici 10 ans, je m’y suis tout de suite impliquée, parce que je trouvais indispensable de rendre plus lisible les appellations auxquelles nous appartenions. Il faut se remettre dans le contexte, à l’époque, quand je présentais du Castillon, on me demandait si mon vin était espagnol… Mais quand vous ajoutez Côtes de Bordeaux, vous êtes désormais identifié tout de suite. Et à l’international, c’est impératif. Notre appellation Côtes de Bordeaux nous a permis de gagner en visibilité, et l’autre réalité, c’est que chaque appellation, seule, ne pouvait assurer elle-même sa promotion à l’international. Les fédérer n’a de sens que si le projet est collectif et répond aux attentes de chacun : parfois, ça débat dur, mais on avance.

U. G : Sur le terrain, lors des salons, malgré les disparités, on sent une appartenance aux Côtes de Bordeaux. C’est le cas ?

F. L : Ah oui, absolument ! Nous avons vraiment plaisir à travailler tous ensemble. Quand nous sommes sur les salons exports, on échange, on discute. Il y règne une bonne synergie et aussi une belle entraide. Nous serons en force à ProWein en Allemagne. C’est dans cet esprit aussi que nous irons à Wine Paris en février, avec une opération innovante en direction des cavistes, qui sont des acteurs importants dans la distribution. De même, j’espère que nous serons nombreux à participer à l’opération Saint-Vincent proposée par le CIVB. Je m’y emploie.

U. G : Ces salons, n’est-ce pas l’occasion de permettre des formations pour aider les viticulteurs dans leur commercialisation ?

F. L : L’Union des Côtes de Bordeaux a pour mission la promotion. Nous assurons une sensibilisation à l’export, mais nous ne nous substituons pas à l’individuel. Chaque appellation peut faire ses formations locales pour valoriser le vin, pour aider à la construction commerciale sur le marché intérieur ou pour parler des enjeux environnementaux. Quand je suis arrivée dans le vin, il y a 18 ans, les besoins en formation sur la partie commerciale étaient beaucoup plus marqués. Aujourd’hui la jeune génération se forme à l’étranger, au marketing. Quand on regarde ce qui est demandé à un vigneron, c’est énorme : il faut être viticulteur, savoir faire le vin, le marketer et le vendre…

U. G : On sent que cet esprit de mutualisation vous tient à cœur. Y a-t-il des actions à renforcer ?

F. L : Idéalement, à l’échelle des Côtes de Bordeaux, il nous faudrait des rencontres plus fréquentes et développer davantage notre mutualisation. Par exemple, la communication par les réseaux sociaux, aujourd’hui, chaque communale s’y investit. Blaye est très efficace, Castillon le fait bien, Cadillac le développe. Nous devrions avoir une communication digitale commune et limiter la tentation de défendre juste sa chapelle. C’est tout notre équilibre, nous sommes une activité agricole attachée à son terroir, et qui donc bénéficie de l’implication des viticulteurs. Et dans le même temps, nous avons besoin de renforcer notre marque commune Côtes de Bordeaux, notre visibilité, et notre cohérence.

U. G : En 2019, vous avez été la seule appellation à bénéficier d’une hausse des rendements autorisée par l’INAO.

F. L : Cela faisait des années que nous voulions le faire. Notre modèle économique est tendu car malgré la qualité reconnue des vins, un cahier des charges drastique, nos vins ne sont pas valorisés à leur juste mesure. Le rôle d’une ODG est d’accompagner tous les vignerons, ceux qui font les rendements, même s’ils sont minoritaires, aussi. J’y tiens. Nous avions la plus faible capacité en hecto de tout Bordeaux. Nous avons obtenu une autorisation de passer de 52 hectos à l’hectare, à 54 hectolitres à l’hectare. Nous sommes encore en dessous du Médoc, des satellites de Saint-Émilion et de Bordeaux. Nous n’allons donc pas perturber le marché, loin s’en faut.

U. G : Une appellation doit s’adapter au marché, aux attentes des consommateurs et faire preuve de réactivité. Les viticulteurs des Côtes de Bordeaux semblent très au point.

F. L : Faire évoluer les choses nécessite de se poser en amont les bonnes questions. Nous sommes prêts à nous lancer vers les cépages résistants et les cépages d’adaptation au changement climatique. Sur ce point, plus les expérimentations seront longues, voire trop longues, et moins on fera les essais. Autre sujet, on ne peut pas faire de rosé en Côtes de Bordeaux, et du blanc seulement ici ou là. Or, quand vous plantez, vous avez besoin d’une vision à 30 ou 40 ans. On subit beaucoup de raideurs administratives ou de réglementations, alors qu’en même temps, nous devons aborder un marché en mouvement. Cela rend l’adaptabilité de la viticulture plus compliquée. Là-dessus, il faut que nous puissions bénéficier d’éléments facilitateurs.

U. G : Qu’est-ce qui vous rend fière des Côtes de Bordeaux ?

F. L : Je donne la parole à tous ceux qui passent dans notre vignoble chaque année et en repartent dopés aux Côtes de Bordeaux ! Nous avons des vignobles à taille humaine et des vignerons qui savent faire preuve d’inventivité, d’innovation. Et puis quand on se montre, que l’on vend nos vins en France, à l’export, nous apportons aussi notre esprit du Sud-Ouest, ancré dans la bonhomie, l’hospitalité, la convivialité et la gastronomie. C’est cela les Côtes de Bordeaux !