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Extrait d'un article du magazine numéro #1168 - Août 2019

CIVB : "Montrons-nous ! Allons nous montrer sur les marchés !"

CIVB : "Montrons-nous ! Allons nous montrer sur les marchés !"

CIVB :

L’assemblée générale élective du CIVB s’est tenue le 15 juillet dernier.
Bernard Farges, vigneron coopérateur, succède au négociant Allan Sichel
à la présidence de l’interprofession. Au coeur de son projet de mandat,
la relance économique et la refonte de l’image des vins de Bordeaux.

J’arrive à la fin d’un mandat marqué par
des aléas climatiques sévères », a résumé
Allan Sichel, président sortant du CIVB,
lors de son discours de fin d’exercice. « Ce fut
une épreuve pour nous tous, à l’impact économique
fort ».
La crise économique, qui touche depuis
plusieurs mois désormais les vins de
Bordeaux, fut le fil rouge de cette assemblée
générale, destinée à élire le nouveau président
de l’interprofession et les membres de son Bureau.
Un marché en mutation
et une pression
sociétale forte

Allan Sichel a une nouvelle fois souligné la
nécessité de s’adapter à un marché des vins
« en pleine mutation ». Le modèle de la grande
distribution s’érode, le consommateur préférant
les cavistes, les commerces de proximité
et le commerce en ligne ; le repli des ventes
s’accentue sur les vins rouges : « Les Français
plébiscitent le rosé, le vin blanc, le crémant.
Une tendance qui dépasse les frontières (…)
Cela doit nous interpeller ».
Ces évolutions structurelles dans la distribution
et la consommation des vins de
Bordeaux viennent s’ajouter à d’autres défis,
celui de l’adaptation du vignoble au changement
climatique, et celui de la réponse aux
attentes sociétales. Des exigences dont le
président sortant du CIVB a rappelé l’impact
indéniable sur son mandat : « Ces trois dernières
années, la pression sociétale sur la
filière a été particulièrement forte sur le sujet
des produits phytosanitaires. Une pression qui
est aussi médiatique. Les attentes, les inquiétudes
sont considérables, les critiques aussi. »
Le président a néanmoins rappelé les efforts
multipliés par les opérateurs sur le terrain en
matière de protection de l’environnement
(usage des CMR en baisse radicale, et 60 %
des surfaces du vignoble bordelais désormais
certifiées par une démarche environnementale).
« Voilà des faits sans ambiguïté, la
preuve que l’ensemble du vignoble est en
marche vers une viticulture respectueuse tant de l’environnement,
de la biodiversité, que de ses salariés et de ses riverains. »
Avant d’annoncer l’élection de son successeur,
Allan Sichel a remercié l’ensemble de la filière
pour ces trois années comme président de l’interprofession.
« J’ai pu mesurer combien Bordeaux est
une filière regardée, écoutée, considérée (…).
Bordeaux rayonne, et la conjoncture difficile ne doit
pas nous le faire oublier. »
Passation respectueuse
et sereine

L’assemblée a ensuite procédé, à bulletin
secret, à l’élection du nouveau président du
CIVB. Avec 47 suffrages exprimés sur 50 (40
voix, 5 blancs, 2 nuls), c’est donc le vigneron
coopérateur dans l’Entre-deux-Mers Bernard
Farges qui succède à Allan Sichel pour un
mandat de trois ans. Cette élection a été suivie
de celle, toujours à bulletin secret, des
membres du Bureau du CIVB, désignant 12
viticulteurs et 12 vignerons pour un mandat
courant jusqu’en 2022.
Bernard Farges a ensuite pris la parole,
saluant d’emblée le travail d’Allan Sichel pendant
les trois ans de son mandat : « Son travail,
son écoute, son courage mais aussi son
élégance et sa bienveillance auront permis à
Bordeaux d’être entendue et écoutée. Ces
qualités devront m’inspirer dans l’exercice de
ce nouveau mandat. »

Une crise « brutale »
et des « problèmes d’image »

Puis le nouveau président a évoqué la brutalité
de la chute des ventes et de la crise
actuelle, crise qui impose « des changements
radicaux et rapides ». « Bordeaux souffre en ce
moment, a-t-il asséné. Nous devons poser un
diagnostic : la première étape dans la résolution
d’un problème est de reconnaître qu’il y en
a un, et peut-être même en avons-nous plusieurs ».
Bernard Farges a ainsi énuméré les différentes
causes des problèmes « d’image » que
rencontrent les vins de Bordeaux. Une pression
sur les sujets environnementaux d’abord, sur
lesquels Bordeaux est au coeur du viseur sociétal
; une image de vins chers ensuite (« Il y a les
grands crus, et il y a tous ceux qui ne le sont
pas. Assumons-le, cela sera utile pour tout le
monde ») ; un hiatus entre l’offre et les attentes
des consommateurs (« Certains vins d’entrée
de gamme ne sont pas dans le style des vins
attendus par le consommateur. Travaillons vite
pour résoudre ce problème technique (…) avec
une implication forte du négoce et du courtage
») ; et enfin, une image générale des vins
de Bordeaux, « sur laquelle il y a beaucoup à
faire » : « D’autres professionnels, ailleurs,
semblent plus sympas que nous, plus artisans,
plus modernes, plus proches, plus novateurs
que nous. »
Comment changer cette image ? Bernard
Farges a comparé Bordeaux à une grande
famille, avec ses différences, sa diversité, sa
richesse. « Où y a-t-il autant de bio, de biodynamie,
de femmes, de jeunes, de hipsters, de
coopérateurs, de viticulteurs indépendants, de
certifiés, de négociants éleveurs, de négociants
porteurs de marques ? Notre campagne, toujours
en cours, dit « Il y a tant à découvrir »,
c’est vrai ! Mais montrons-nous ! Allons nous
montrer, allons montrer nos gueules ! Allons
montrer ce que nous sommes et ce qui est une
partie de nous-mêmes, c’est-à-dire nos vins »,
a martelé le nouveau président de l’interprofession,
non sans conclure que l’un des leviers de
ce changement était l’outil de promotion.
Fabien Bova, directeur général du CIVB, a
ainsi présenté les grands axes de ce que seront
les actions de promotion menées par l’interprofession.
Le service marketing a été réorganisé
par "pôles" de marchés prioritaires (France-
Belgique / Grande-Bretagne-Allemagne-Japon /
Chine-USA) et des champs d’action communs
ont été définis pour les "plans pays" 2020.
Ces axes structurels sont complétés par un
plan conjoncturel en France : des actions
ciblées, visant à relancer rapidement une
consommation en berne. C’est Stéphanie
Sinoquet, responsable du marketing France-
Belgique au CIVB, qui est venue présenter les
deux volets de cette action (voir encadré).
Questions diverses
Interpellé sur le dossier Grandeau,
Bernard Farges a précisé avoir « collectivement
décidé de soutenir Hervé Grandeau »,
les faits reprochés remontant à une époque,
entre 2010 et 2013, où « les choses n’étaient
pas calées en matière de traçabilité, suite à un
changement de la réglementation, et les discussions
vives avec la préfecture et les administrations
sur ces questions ». (N.D.L.R. : sur
les registres d’entrée de la vendange et la
gestion de la mixité AOC /VSIG)

D’autres échanges dans la salle ont
concerné la question des zones non traitées,
en pleine discussion réglementaire. Sur ce
point, Philippe de Guenin, Directeur régional
de l’agriculture et des forêts, a rappelé l’importance
des réunions locales qui ont « un
effet rassurant » sur une population de riverains
inquiète, et qui seront toujours plus efficaces
qu’un texte de loi.
« Aller plus loin encore »
En conclusion de cette assemblée, la
Préfète de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne
Buccio, a encouragé la filière à « aller plus loin
encore » sur les questions environnementales.
« Le vignoble a clairement pris le virage dans
ses modes de production, mais il faut aller
au-delà de ce qu’on peut vous demander, aller
plus loin, sinon vous serez toujours en train de
pédaler derrière la société. » Elle a également
rappelé le rôle de l’État et de ses différents
services aux côtés de la filière des vins de
Bordeaux : « Je prendrai les décisions toujours
après vous avoir entendus, mais sans jamais
céder à la complaisance », a-t-elle averti.
P. Dutreil
1. Plans et bilans de marchés qui seront présentés
le 6 septembre prochain à la Cité du Vin.