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Article du magazine numéro #1160 - Décembre 2018

Bernard farges, président d'Efow

Bernard farges, président d'Efow

Bernard farges, président d'Efow

Les négociations entre la Commission européenne, le Conseil des ministres et le Parlement européen pour la réforme de la PAC post 2020 ont débuté au niveau européen. La Fédération européenne des vins d’origine (Efow) dont est membre la Cnaoc, est en première ligne dans ces discussions. Son président Bernard Farges nous explique les priorités de la confédération. La Commission européenne a publié sa proposition législative le 1er juin dernier, les travaux au Conseil sont en cours et la commission AGRI du Parlement européen devrait présenter dans le courant du mois de novembre ses projets de rapports en la matière. Quelles sont les priorités d’Efow ?

Bernard Farges : La viticulture, et plus particulièrement la viticulture sous appellation, se porte relativement bien et reste performante dans un contexte de crise agricole. Cela est le fruit d’instruments spécifiques à notre disposition. Il est donc tout à fait naturel que notre priorité soit de les maintenir et de les renforcer dans le cadre de la réforme en cours. Je me réfère bien évidemment aux enveloppes vin, au régime d’autorisation des plantations et à notre politique de qualité. Ce sont les trois piliers de notre réussite et il ne faut pas les remettre en question mais au contraire les consolider.

Pourriez-vous expliciter les pistes de réflexions d’Efow ?

B. F. : Efow est largement satisfaite de l’existence de fonds spécifiques destinés à la viticulture. Cette mesure a clairement prouvé son efficacité, permettant aux opérateurs de restructurer, moderniser et d’investir dans le secteur, mais aussi d'accéder à de nouveaux marchés et de mieux promouvoir leurs produits. Nous demandons donc le maintien de cet instrument et de son budget actuel qui doit être exclusivement destiné à la viticulture. Il est important de revoir certains aspects, notamment la mesure de promotion dans les pays tiers qui doit s’inscrire dans la durée car nous avons besoin de temps pour développer et consolider un marché. Nos concurrents venus du nouveau monde l’ont bien compris.
Nous souhaitons également renforcer le volet relatif à la politique de qualité. Certaines propositions de la Commission sont préoccupantes ou pas assez ambitieuses. Nous devons absolument maintenir une définition solide de l’AOP, qui ne remette pas en cause le rôle essentiel que joue l’homme dans la production de nos vins. Nous devons aussi pouvoir mieux nous défendre contre les usurpateurs qui souhaitent affaiblir et diluer la réputation de nos produits. C’est pourquoi nous demandons l’introduction de mesures plus strictes sur l’utilisation de nos vins en tant qu’ingrédient et de règles plus claires sur la protection de nos noms sur internet. Nous avons obtenu récemment des avancées significatives sur la simplification des procédures de modifications de nos cahiers des charges. Nous estimons que ces dispositions devraient être dans notre texte de base – comme pour les autres produits sous signe de qualité – et non dans un texte secondaire. Enfin, compte-tenu du rôle essentiel que joue le dispositif d’autorisations de plantation dans le développement positif de notre secteur, Efow considère qu’il est indispensable de le maintenir. Cet outil de gestion du potentiel de production permet de gérer la croissance du vignoble en lien avec le développement des marchés, de maintenir une production de qualité et un tissu d’exploitations viticoles dynamiques. Nous ne l’envisageons absolument pas comme un instrument transitoire. Il est crucial de remettre sur la table la problématique de la régulation de l’économie en agriculture et de prolonger la durée de vie de cet outil, au delà de 2030.

Que pensez-vous de la proposition de créer une catégorie de vins sans alcool ?

B. F. : Les membres d’Efow pensent que c’est une aberration. Les boissons sans alcool à base de vin existent sur le marché depuis de nombreuses années. Elles n’ont attendu ni l’OIV, ni l’Union européenne pour être produites et commercialisées. La véritable question qui se pose est celle de l’intérêt qu’il y a à vouloir insérer cette catégorie de boissons dans la future OCM. Nous ne sommes pas dupes, il s’agit bel et bien de permettre à des opérateurs industriels d’avoir accès à des aides à la promotion ou à l’investissement sur le budget agricole. Or, il faut savoir que les boissons sans alcool à base de vin sont des produits industriels transformés qui nécessitent une aromatisation en plus de l’édulcoration, pour leur donner un caractère buvable. L’alcool joue en effet un rôle essentiel dans la perception sensorielle, c’est le support des arômes du vin. Son élimination entraine inévitablement l’extraction de tous les composés volatils que sont les arômes. L’absence d’alcool rend aussi le vin plus acide et plus astringent. Il perd sa rondeur. Pour que le produit ne soit pas perçu comme de l’eau acidulée, ces pertes d’arômes et d’équilibre doivent inévitablement être compensées par l’ajout d’arômes et d’additifs permettant d’amener de la rondeur. La technique consiste donc à retirer pour ensuite ajouter. Il en résulte un produit totalement industriel, de deuxième transformation, très éloigné du produit agricole qu’est le vin. Accepter les vins désalcoolisés dans l’OCM, c’est ouvrir la boite de Pandore et aller vers le " cracking du vin " et sa recomposition en laboratoire.

Source : Efow