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Extrait d'un article du magazine numéro #1139 - Janvier 2017

Bernard Farges, président de la Cnaoc : " Il est temps de sortir de la tutelle des firmes de produits phytosanitaires "

Bernard Farges, président de la Cnaoc : " Il est temps de sortir de la tutelle des firmes de produits phytosanitaires "

Bernard Farges, président de la Cnaoc :

Bernard Farges, président de la Cnaoc

Le 15 novembre dernier, la Cnaoc tenait sa traditionnelle assemblée générale annuelle à Paris. Vignerons, administration et hommes politiques ont échangé sur plusieurs sujets d’actualité pour la viticulture : arrêté sur l’utilisation des produits phytosanitaires, viticulture et environnement ou encore autorisations de plantations. A cette occasion, Bernard Farges, président de la Cnaoc est revenu sur les sujets d’actualités de la confédération.

Arrêté Phytosanitaires : pas de ZNT riverains, sortir de la tutelle des firmes

Bernard Farges : La publication d’un projet d’arrêté sur l’utilisation des produits phytosanitaires nous a tous surpris. Comment le ministère de l’Agriculture, à l’origine du projet, a-t-il pu proposer la création par voie réglementaire de Zones de Non-Traitement (ZNT) à proximité des habitations alors que le risque riverains est déjà pris en compte dans l’attribution des Autorisations de Mise en Marché (AMM) ? Il appartient donc aux autorités publiques de ne pas délivrer d’AMM à des produits présentant un risque inacceptable pour nos familles, nos enfants, nos salariés. Il est temps de sortir de la tutelle des firmes des produits phytosanitaires. Obliger à respecter une zone non traitée d’une largeur minimale de 5 mètres était un moyen pour les pouvoirs publics et les firmes phytosanitaires de se donner bonne conscience. Mais cette proposition ne constituait pas la bonne réponse, le véritable enjeu en terme de santé est la protection des applicateurs. Ce projet aurait aussi eu comme conséquence l’arrachage de plusieurs milliers d’hectares et n’aurait fait qu’exacerber les tensions avec les riverains. Nous étions fortement opposés à ce projet. Grâce à la mobilisation des fédérations régionales de la Cnaoc, de la Fnsea et des groupes d’études viticoles du Parlement, nous avons réussi à inverser la tendance. Je tiens à les remercier ici pour leur mobilisation. Le Premier Ministre Manuel Valls nous a rassurés lors d’une visite à Bordeaux le 28/10 en affirmant que l’arrêté soumis à la Commission Européenne et à la consultation publique reprendrait le contenu de l’arrêté de 2006 et que seules des propositions consensuelles seraient éventuellement reprises. Cependant, il faut rester vigilant et prêt à l’action si nécessaire jusqu’à l’adoption définitive du texte.

Environnement : " accélérer le changement de pratiques "

B. F. : Depuis plusieurs mois, la pression monte sur les sujets environnementaux. Nos concitoyens sont inquiets et leurs inquiétudes sont alimentées artificiellement par des reportages à sensation inutilement alarmistes. Dans ce climat anxiogène et face parfois à des peurs irrationnelles, il faut raison garder. Depuis de nombreuses années déjà, la filière viticole travaille à une meilleure prise en compte de l’environnement. Ces efforts vont continuer et même être accentués. Pour cela, le travail à mener pour faire bouger toute notre filière doit se faire à tous les niveaux. Au niveau de l’exploitation d’abord pour continuer à faire évoluer les pratiques et également se rapprocher de nos riverains/voisins pour dialoguer et expliquer notre métier. Au niveau régional ensuite dans les ODG et les interprofessions pour montrer, inciter, investir et communiquer. Au niveau national enfin, où toutes les organisations professionnelles doivent se coordonner davantage et travailler ensemble. Les pouvoirs publics doivent quant à eux soutenir les investissements dans des matériels plus performants et l’utilisation de variétés résistantes. Ce n’est pas dans le passé, mais dans l’innovation que nous trouverons les solutions pour diminuer fortement voire même sortir de l’usage des pesticides.

Autorisations de plantation : " améliorer le système pour plus de fluidité et d’équité "

B. F. : Il faut le rappeler car c’est essentiel et nous nous sommes battus avec vigueur pour cela : c’est une chance pour la viticulture d’être le dernier secteur agricole en Europe avec un outil de régulation du potentiel de production. La preuve : sans régulation, le vignoble en Italie aurait progressé de manière brutale puisque les demandes pour la 1ère année d’utilisation du système d’autorisations de plantation représentaient près de 10% des superficies plantées. Avec toutes les conséquences que cela aurait fait peser à terme sur l’équilibre du marché ! Toutefois, le système des autorisations de plantations doit encore être amélioré. Après la première année de mise en œuvre, nous avons identifié les points à améliorer en priorité et nous portons maintenant des propositions depuis plusieurs semaines. Notre objectif est notamment d’arriver à un système plus juste dans la répartition des autorisations et de faire en sorte que tous les demandes soient satisfaites en totalité ou en partie.

Assurance récolte : rendre le système plus efficace dès la campagne 2017

B. F. : Les catastrophes climatiques sont malheureusement devenues plus violentes et régulières ces dernières années. Il faut désormais apprendre à faire avec et s’adapter pour y faire face. La mise en place d’un dispositif efficace d’assurance récolte est donc indispensable. Le dispositif existant n’est pas adapté à la réalité des situations. La preuve, c’est que seule une minorité l’utilise. Il ne manque pas grand-chose pour qu’un grand nombre de vignerons s’approprie le système. Nous avons proposé aux Ministère de l’Agriculture deux améliorations qui sont essentielles pour rendre ce système d’assurance efficace pour tous. Nous souhaitons que le plafond soit ajusté s’il pose problème pour certaines appellations et donc, de changer de catégorie au cas par cas. Nous proposons également de supprimer la moyenne olympique et de se baser sur le rendement du cahier des charges. Ce sont des ajustements simples qui peuvent être fait dès la campagne 2017.»

J-B. Kremer