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Article du magazine numéro #1152 - Mars 2018

Assemblée générale de l’ODG Bordeaux et Bordeaux supérieur

Assemblée générale de l’ODG Bordeaux et Bordeaux supérieur

Assemblée générale de l’ODG Bordeaux et Bordeaux supérieur

L’assemblée générale de l’ODG Bordeaux et Bordeaux supérieur réunie le 9 février 2018 à Beychac et Caillau a été l’occasion pour ses dirigeants de faire un large tour d’horizon des sujets qui préoccupent la viticulture mais aussi de montrer leur détermination à déployer une stratégie offensive.

La présentation des comptes du syndicat fait apparaitre un important excédent d’exercice (185 000€), ce dernier étant basé sur les cotisations perçues sur les volumes récoltés en 2016 (3,35 millions d’hls, +13% par rapport a 2015) mais aussi sur une maitrise des charges. « Comme le gel a été précoce, nous avons géré nos finances au plus juste et n’avons pas augmenté les actions promotionnelles en prévision du déficit » informe Stéphane Gabart, trésorier. Car en 2018, la très faible récolte 2017 impactera forcément les finances du syndicat qui prévoit d’ores et déja un exercice très déficitaire, d’où la nécessité de faire des économies.

Par ailleurs, la cotisation exceptionnelle de solidarité appelée en 2017 de 13,20€/hl sur les volumes supplémentaires revendiqués en 2016, s’est élevée à un peu plus de 500 000€. Chaque € collecté sera restitué sous forme d’avoir sur les cotisations ODG aux entreprises les plus sinistrées. « Cette cotisation n’est pas rentrée dans les comptes du syndicat, nous avons juste porté l’argent » a precise le tresorier de l’ODG. Remi Villeneuve a ensuite presenté la mécanique de redistribution de cette cotisation de solidarité dont l’objectif est d’aider le maximum de viticulteurs, en essayant qu’elle soit le plus équitable possible et pas seulement symbolique. « Nous avons calculé un rendement moyen de l’appellation pour déterminer le volume en dessous duquel nous ferions la répartition de la cotisation. Ce dernier a été estimé à 32,87 hls. Et à partir de là, nous avons imaginé la répartition pour chaque propriété basée sur la revendication 2017 en intégrant les VCI qui ont été attribués » detaille le viticulteur. « Nous pouvons être fiers de ce que nous avons mis en place; les moyens collectifs de l’Etat sont très faibles pour accompagner ces sinistres même si le Conseil départemental, la région Nouvelle-Aquitaine ont débloqué  des fonds. Cette cotisation de solidarité nous allons la verser aux exploitants qui ont subi le plus de pertes. Mais à l’avenir ce sont les VCI constitués, les assurances récoltes qui nous permettront de pallier ces aléas » a declaré le président Bernard Farges. En seconde partie de séance, l’assemblée a voté la modification des statuts relatifs aux périmètres des cantons ; il a ainsi été décidé que pour enrayer la diminution du nombre de délégués par secteur, due à la concentration des exploitations, d’abaisser le seuil à 350 ha au lieu de 400 ha pour la détermination du nombre de représentants syndicaux. Avec ce nouveau calcul, le nombre de délégués passerait de 165 a 180 élus, soit 15 postes de plus. « Il est important de faire le plein de délégués dans chaque secteur car le but est d’avoir la représentativité la plus large possible » insiste le president.

Un contexte économique tendu

On retiendra également au cours de cette matinée, l’exposé sur la situation économique des vins de Bordeaux, par Ann-Cécile Delavallade, directrice du Service Economie du Civb. Les sorties pour le groupe Bordeaux sont en légère hausse (+1%) avec une croissance portee par les bouteilles (+4%) au détriment du vrac (-1%). Quant aux prix, ils ont évolué à la hausse, autour de 1478€/T à fin janvier pour le Bordeaux rouge, tout comme le Bordeaux rosé (1378€/T) et le Bordeaux blanc (1253€/T). « Concernant la commercialisation, une bonne nouvelle à retenir : on assiste depuis quelques mois à un ralentissement des pertes en Grande Distribution française (récurrentes depuis 10 ans ), avec des chiffres stables sur le secteur des Grandes et Moyennes Surfaces et des prix moyens en hausse de +3% par col. Cette tendance que l’on " consomme moins et mieux " se confirme » annonce la responsable du service économique du Civb. Les exportations affichent une hausse de 8% avec 12 milliards d’€ de CA, toujours tirées par les Pays Tiers (+11%). Dans l’Union Européenne, on assiste à une légère croissance (+2°) avec la Belgique et le Royaume-Uni tandis que les sorties en Allemagne se stabilisent. La difficulté dans les prochains mois, au vu de la petite récolte 2017 (3,5 Millions d’hls, la plus faible depuis 20 ans [la plus petite remonte à 1991 avec 2,6M d’hls] - 40% par rapport a 2016 en Gironde) sera de maintenir cette hausse de la commercialisation. Fort heureusement, depuis la faible récolte 2013, les stocks se sont reconstitués avec le millésime 2016, (+ 700 000hls auxquels s’ajoutent 300 000 hls de VCI) un stockage mais qui pourra en partie permettre de passer le cap. « Pour le groupe Bordeaux rouge, si on déstocke à un rythme soutenu, on pourrait réduire la baisse des sorties autour de 4% » estime Ann-Cécile Delavallade. A noter que le récolte mondiale est globalement en baisse de 8% (Italie, -20%, Espagne, -15%).

Pour Hervé Grandeau « il est grand temps de mettre des outils en place pour estimer les besoins de sorties de la future campagne. Le stock serait le résultat de ce que l’on a pu produire et de nos besoins. Cela nous permettrait de fixer les rendements plus précisément et produire exactement ce que l’on est capable de commercialiser avec une légère tension sur l’offre. » Il cite en exemple la Champagne, dont le leitmotiv est « création et partage de la valeur entre la viticulture et le négoce ». L’interprofession champenoise réunit deux fois par an les responsables pays (viticulteurs et negociants) pour analyser les données de la précédente campagne ; en juillet, pour fixer les rendements ; puis en janvier pour faire part de leur ressenti sur les marchés, affiner à la baisse ou à la hausse les prévisions afin de libérer de la réserve si les prévisions de sorties sont plus importantes. « Le Civb devra collecter les informations sur nos ventes, nos marchés et plus nous aurons des données précises et argumentées, plus nous serons pointus sur l’équilibre de nos marchés. C’est la solution pour toute création de valeur » estime le président de la Fgvb.

De nombreux sujets sur la table

Christophe Chateau a ensuite rappelé que le Civb avait mis en place un premier plan stratégique " Bordeaux Demain " sur une période de 5 ans (2010-2015). En 2016, le bilan de ce plan a été réalise, puis le Civb a démarré au printemps 2017 des travaux avec le cabinet Kea Partners pour préparer la suite de ce plan baptisé " Bordeaux, ambition 2025 " avec un premier temps fort en juillet 2017 pour identifier les priorités stratégiques et imaginer l’avenir. Un second temps fort a eu lieu les 12 et 13 décembre 2017 afin d’arbitrer les propositions faites par les groupes de travail et en définir les principaux axes. Cinq opportunités stratégiques ont été identifiées : pilotage de la filière ; ambition marché et commercialisation ; attractivité de la marque ; reflexion autour de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et enfin la stratégie digitale devenue aujourd’hui incontournable. Un 3ème temps fort aura lieu fin mars ou sera fait le bilan de cette réflexion stratégique pour finaliser les thématiques et les présenter lors de l’Assemblée générale du Civb d’avril 2018.

Un point a également ete fait sur la dematérialisation des DMS (Déclaration mensuelle de sortie) via le portail Ciel par le service des Douanes. Rappelons que depuis septembre 2016, la Dgddi (Direction générale des douanes et droits indirects) a mis en place le service Ciel (Contribution indirecte en ligne) qui permet la dématérialisation au niveau des services douaniers de ces déclarations, qui comme l’a rappelé Francois Davière, va devenir obligatoire vraisemblablement à  compter du 1er août 2019. Pour éviter l’engorgement des services, la Dgddi encourage vivement les opérateurs à effectuer ces démarches en ligne le plus vite possible. « Si nous avions pu obtenir une bascule immédiate des données des douanes vers le Civb, cela aurait été beaucoup plus simple » pointe le président Bernard Farges. On retiendra également au cours de cette assemblée, l’intervention de David Amblevert, président national des pépiniéristes viticoles au sujet de la création d’une marque collective nationale de matériel végétal francais signée " Origine France " avec la production des premiers plants certifiés en 2019-2020. Cette marque collective sera basée sur trois critères : une sélection française, des vignes mères de greffons et des vignes mères de portegreffes cultivées en France et des greffages, pépinières plein champ et cultures hors sol produits en France, le tout defini par un cahier des charges dont le plan de contrôle bati par la profession sera mise en oeuvre par un organisme indépendant.
Le président a insisté sur la nécessaire professionnalisation de la pépinière qui doit avoir une réflexion stratégique et partagée par tous, car face à un marché ouvert, avec des flux de marchandises venus de tous horizons et son lot de maladies émergentes, la vigilance s’impose. « Nous voulons de la transparence... Sans quoi c’est l’ensemble de la communauté des pépiniéristes qui perdra la crédibilité et la confiance de la viticulture. Et nous devons agir » a déclaré le président national, ajoutant que si la viticulture souhaite connaitre l’origine des plants, les pépinièristes se doivent eux de connaitre l’origine des matières premières. Cette marque sera un projet structurant pour tous les acteurs de la filière. « C’est un très beau projet que vous portez et je suis convaincu de l’intérêt de cette marque pour la pérennité de notre vignoble » a déclaré le président Farges.

Des dossiers sensibles sur la scène nationale et européenne

Bernard Farges a également fait un point sur les dossiers nationaux,  évoquant notamment les Etats Généraux de l’Alimentation dont le plan de la filière vins n’a pas été remis en temps et en heure, suite aux menaces de la future Stratégie Nationale de Santé qui vise à dénormaliser la consommation d’alcool. En ligne de mire le vin. « Nous avons alerté par écrit le président de la République en lui indiquant que nous ne pouvions à la fois nous engager à faire des propositions constructives pour répondre aux différents enjeux sociétaux, environnementaux et économiques et d’un autre côté, être stigmatisés par ailleurs. Un courrier officiel de la présidence de la République nous a un peu rassurés, ce dernier stipulant que l’objectif était de lutter contre les consommations excessives et à risques. Nous avons donc remis ce plan de filière mais nous restons vigilants » informe le président Farges. (voir en p 10-11). Ce plan établit un cadre et les  orientations sur lesquelles la filière viticole veut s’engager pour améliorer ses performances. Autre sujet : l’étiquetage des calories et des ingrédients. Dans quelques semaines, une proposition d’autorégulation devra être faite à la Commission Européenne suite à la fin de l’exemption de ces mentions pour les boissons alcoolisées. La filière viticole proposera que ces informations puissent être déclinées sur les sites Internet. « Cela serait beaucoup plus simple pour nous que d’avoir des mentions sur les étiquettes qui changeraient tous les ans en fonction des ingrédients que nous utilisons dans nos vins ou selon les cuvées » estime Bernard Farges. Le président s’est par ailleurs réjoui de l’avancement de l’intégration des mesures agro-environnementales dans les cahiers des charges qui ne fait plus débat auprès de l’Administration. Il a salué le travail fait au niveau du Gdon dans la lutte contre la Flavescence Dorée. Quant aux essais menés avec Jérémy Ducourt sur les cépages résistants « c’est une piste très intéressante sur laquelle nous investissons mais il faudra faire évoluer la règlementation européenne afin que ces cépages puissent demain être intégrés dans les cahiers des charges des AOC » a-t-il déclaré. Enfin, s’agissant de l’utilisation des produits phytosanitaires, le président a informé qu’entre 2014 et 2016, la consommation des CMR a baissé de 55% en Gironde, même si le tonnage des pesticides commercialisés est en progression, en partie lié aux produits utilisés en viticulture bio. « Si nous sommes tous engagés dans une amélioration constante de nos pratiques et que l’ensemble de notre viticulture évolue très vite, plus vite que dans d’autres régions, nous savons aussi hélas que la communication va être encore très compliquée sur les sujets environnementaux » a conclu le président Farges.

 J. Camus