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Article du magazine numéro #1150 - Janvier 2018

AG de la Fgvb : 2018, l'année de tous les enjeux

AG de la Fgvb : 2018, l'année de tous les enjeux

AG de la Fgvb : 2018, l'année de tous les enjeux

La Fédération des grands vins de Bordeaux, présidée par Hervé Grandeau, a tenu son assemblée générale le 11 décembre dernier. L’occasion pour ses dirigeants d’aborder en cette fin d’année, les dossiers prioritaires qui vont mobiliser la viticulture tout au long de l’année 2018.

En préambule aux débats, une minute de silence a été observée en hommage à Patrick Maroteaux qui fut administrateur de la Fgvb et président de l’ODG Saint-Julien depuis plus de treize ans. Concernant les comptes, les grandes masses de l’avant-projet de budget 2018 de la Fgvb a été présenté en séance. On retiendra que les cotisations syndicales versées par les ODG à la Fédération resteront inchangées. Mais comme pour beaucoup d’exploitants, les structures professionnelles seront impactées par le gel d’avril 2017 et le budget de la Fgvb sera déficitaire en 2018.
« L’ensemble de la filière va connaître des difficultés l’an prochain et la Fgvb a fait le choix d’afficher un déficit et de ne pas augmenter ses cotisations (inchangées depuis 10 ans) » a déclaré le président Hervé Grandeau.

Les enjeux communautaires

Au niveau des dossiers prioritaires suivis par la Fgvb en 2018, Yann le Goaster, directeur de la Fgvb a pointé l’évolution des règles d’étiquetage dans le contexte de la fin de l’exemption de l’étiquetage des ingrédients et calories des boissons alcoolisées. « Aujourd’hui, la filière est au pied du mur, elle doit proposer une auto-régulation d’ici à fin mars 2018. Si celle-ci n’est pas suffisante, la commission européenne légifèrera » avertit-il. L’objectif sera d’obtenir une dématérialisation de ces informations sur les sites internet des opérateurs du secteur du vin.
Concernant la réforme de la PAC prévue pour 2020, les discussions vont débuter au printemps 2018, et la filière espère obtenir le maintien d’un règlement unique spécifique pour le vin (OCM) et d’un outil de régulation (autorisations de plantation) après 2030. « Il faut également préserver la spécificité des indications géographiques et obtenir le maintien des dispositifs d’aides OCM structurants (aides à la restructuration du vignoble, à l’investissement, à la promotion) » a déclaré le directeur de la Fgvb. Tous ces objectifs ont été rappelés récemment lors du congrès d’Efow à Bruxelles en novembre dernier. « Nous avons voulu montrer que la viticulture européenne dont les 4 pays (France, Espagne, Italie et Portugal) représentent 90% du potentiel de production, est bien calée sur des objectifs et des demandes précises » a complété Bernard Farges. Hervé Grandeau a quant à lui insisté sur l’importance du rôle des députés européens et de leur présence dans l’hémicycle lors des votes stratégiques. « Si nous avons organisé le congrès de la viticulture en Juillet 2017 à Bordeaux et invité le commissaire européen, c’était un premier pas vers notre objectif de maintenir la PAC dans sa configuration actuelle » pointe le président Hervé Grandeau. Sur ce volet PAC, Yann le Goaster a rappelé que la filière souhaitait obtenir une évolution des textes communautaires, notamment une simplification sur l’utilisation de l’enrichissement. « Ici à Bordeaux nous avons une tradition de sucrage à sec et si un jour ces textes pouvaient changer, cela nous simplifierait grandement la vie » estime le président de la Fgvb.
« Ce sujet ne fait pas consensus au niveau national mais c’est la première fois que nous allons travailler avec le parlement européen sur l’ensemble du texte. Attention cependant, il faut avoir des propositions claires et précises pour avoir des chances d’aboutir » avertit le directeur de la Cnaoc, Eric Tesson.

L’environnement toujours au coeur des débats

Dans le cadre du plan de réduction de l’usage des intrants et, pour répondre aux attentes sociétales, Yann le Goaster a évoqué la mise en place d’une stratégie au niveau national suite aux Etats Généraux de l’Alimentation. Il pointe également la nécessité d’obtenir l’intégration des mesures agro-environnementales adoptées par les ODG dans les cahiers des charges ainsi que la mise en oeuvre de leviers pour faciliter l’évolution vers les certifications environnementales (diagnostics, SME…). Il insiste également sur la poursuite de la sensibilisation des viticulteurs au respect des bonnes pratiques lors des campagnes de traitements.
Par ailleurs, la Fgvb espère obtenir la possibilité d’utiliser en AOC 5% de ces cépages, au titre des Mesures Agro Environnementales. On retiendra également la poursuite du plan d’action visant à évaluer la capacité des variétés résistantes à produire des vins de qualité dans le cadre des axes de recherche mis en oeuvre par le Civb : création d’une parcelle d’observation en 2018 avec 14 variétés résistantes en liaison avec l’Inra et poursuite du programme NewVine (démarré il y a deux ans) de création variétale sur le long terme (2030).
A noter que plusieurs viticulteurs et caves coopératives se sont lancés dans des plantations de variétés résistantes : des projets sont en cours, tout comme la relance du projet de plantation en AOC de cépages anciens ou métis.

La consommation de vin toujours stigmatisée

La stratégie du plan national santé 2018-2022 fait également partie des préoccupations de la filière car elle vise à " dénormaliser " la consommation d’alcool. « C’est une remise en cause directe du principe de consommation modérée et responsable qui est au coeur de la stratégie de Vin & Société, et ceci est particulièrement inquiétant car elle ne fait l’objet d’aucun débat parlementaire. Nous l’avons observé avec la dernière campagne dévoilée lors des vendanges qui fait le lien entre cancer et consommation de vin puisque matérialisée par un tire-bouchon » déplore Yann le Goaster. « Cette stratégie prônée par le ministère de la Santé remet en question la culture du vin dans  notre société, la place de la viticulture dans notre pays et cela est totalement inacceptable car nous savons ce que nous représentons pour la balance commerciale de la France (2ème poste de création de valeur à l’export) et on veut nous faire croire que le vin, c’est mal ! » s’insurge Hervé Grandeau qui assure que la filière saura se mobiliser autour d’un plan d’action pour défendre la place du vin dans la société. « La viticulture avec ses paysages n’est présente que dans 30 départements en France ; dans les autres territoires, on perçoit la culture et la civilisation du vin à travers la consommation et c’est cela qu’il faut faire partager à l’ensemble de nos concitoyens français et européens, car les dangers viennent aussi de l’Europe. Et je crains un durcissement des règles d’étiquetage » avertit Eric Tesson. « Cette stratégie prévoit également une augmentation de la fiscalité, qui pourrait s’appuyer sur une fiscalisation de la consommation d’alcool, c’est une préoccupation majeure pour notre filière » poursuit Yann le Goaster. Eric Tesson précise qu’une réforme de la fiscalité agricole sera mise en oeuvre dans le cadre de la prochaine loi de finances pour 2019 et ajoute qu’il faudra se mobiliser très rapidement sur ce dossier. Dans le cadre de la prévention des aléas climatiques, Yann le Goaster a rappelé la poursuite des travaux sur l’amélioration de l’assurance récolte au niveau national, qui fait suite aux propositions présentées dans le cadre des EGA(1) et aux avancées obtenues pour 2019 dont une baisse du taux de franchise de 30 à 20% et la possibilité de subvention jusqu’à 70%. « Il faut poursuivre le travail pour améliorer le dispositif assurantiel mais également le VCI en augmentant le plafond annuel et le stock total constituable afin qu’il atteigne une demi récolte » insiste le directeur de la Fgvb.
Enfin, dernier volet, la protection des terroirs viticoles avec la poursuite de la stratégie engagée afin d’obtenir la définition de zones viticoles à protéger (" trame pourpre ") dans l’ensemble des futurs SCoT de Gironde. La Fgvb, en appui des ODG, est fortement engagée dans le suivi des projets d’urbanisation pour prévenir le mitage urbain : PLU, PLUi et projets d’aménagements.

Plan " Bordeaux, ambition 2025 "

Christophe Chateau a rappelé que le Civb avait mis en place un premier plan stratégique " Bordeaux Demain " sur une période de 5 ans (2010- 2015). En 2016, le bilan de ce plan a été réalisé et le Civb a démarré au printemps 2017 des travaux pour préparer la suite de ce plan baptisé " Bordeaux, ambition 2025 ". Un premier temps fort s’est déroulé en juillet 2017 pour définir les priorités et imaginer l’avenir.
Cinq opportunités stratégiques ont été identifiées : la première concerne le pilotage de la filière : comment mieux connaître les flux économiques pour mieux gérer les équilibres entre offre et demande ? La seconde ambition : imaginer quels seront les marchés demain. « Il y a 15 ans, les exportations en Chine étaient quasi inexistantes ; aujourd’hui les vins de Bordeaux exportent dans ce pays plus de 90 millions de bouteilles par an » informe le directeur communication du Civb. La 3ème ambition vise l’attractivité de la marque " Bordeaux " : force, faiblesse, comment promouvoir cette marque pour que les vins de Bordeaux demeurent les leaders mondiaux des vins fins. Le 4ème axe s’intéresse à la RSE (responsabilité sociale des entreprises) avec une thématique forte sur le développement durable, notamment au travers du SME. Enfin, le 5ème volet cible le développement de la stratégie  digitale.
Cinq groupes de travail (élus et permanents) ont été constitués ; ils se sont réunis à 2 ou 3 reprises pour définir différentes pistes. Parallèlement une plateforme en ligne baptisée Stormz disponible sur le site bordeauxprof.com a été créée où chaque opérateur a pu exprimer ses idées. « Aujourd’hui 860 professionnels de la filière se sont connectés pour poster des commentaires ou s’inspirer… Le cabinet Kea Partners s’appuie sur ces réflexions pour animer les groupes de travail. Le second temps fort qui a lieu les 12 et 13 décembre devrait arbitrer les propositions faites par les groupes de travail et en définir les principaux axes » informe Christophe Chateau. Le prochain temps fort aura lieu les 7 et 8 mars 2018 afin de valider les axes étudiés en décembre et travailler sur la version 0 du plan stratégique " Bordeaux, ambition 2025 ". Le plan stratégique définitif devrait être présenté à l’assemblée générale du Civb d’avril 2018.


Des plants certifiés " origine France "

On retiendra également au cours de cette réunion, l’intervention remarquée du président national des pépiniéristes viticoles au sujet de la création d’une marque collective nationale de matériel végétal français signée " Origine France " avec la production des premiers plants certifiés en 2019- 2020. « Pourquoi créer une marque collective de plants de vigne demain en 2018 » interroge David Amblevert ? « Cela résulte d’un constat. Nous sommes sur un territoire européen, un marché ouvert et ce sont 25 millions de plants qui arrivent sur notre marché national de 130, 140 millions de plants, sans compter les millions de porte-greffes qui n’ont pas les mêmes contraintes sanitaires que chez nous » informe le pépiniériste. Cette marque collective sera basée sur trois critères : une sélection française, des vignes mères de greffons et des vignes mères de portegreffes cultivées en France et des greffages, pépinières plein champ et cultures hors sol produits en France, le tout défini par un cahier des charges. A travers cette marque, la pépinière viticole française entend apporter des réponses aux problèmes sanitaires qui deviennent préoccupants (l’extension de la Flavescence Dorée, l’émergence de nouvelles maladies, xylella fastidiosa, scarabée japonais…) ; mais également garantir la traçabilité et la qualité agronomique des plants sélectionnés « car la France est le seul pays européen à prospecter 100% de son verger de vignes mères de greffons » poursuit le président qui espère un renforcement des contrôles sur le matériel végétal importé.

J. Camus

Conseil d’administration de la Fgvb
Renouvellement du 2ème tiers en 2017

Stéphane Dupuch, Dominique Guignard, Franck Jullion, Yannick Menguy, Alain Meyre, François-Xavier Maroteaux, Xavier Planty, Jan Thienpont, Céline Wlostowicer.