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Article du magazine numéro #1146 - Août 2017

1er Congrès de la viticulture française : tous unis pour préparer la PAC

1er Congrès de la viticulture française : tous unis pour préparer la PAC

1er Congrès de la viticulture française : tous unis pour préparer la PAC

Le 6 juillet dernier toute la viticulture était réunie à Bordeaux pour le 1er Congrès commun de son histoire contemporaine. Au programme : une après-midi de débat sur l’avenir de la viticulture au sein de la prochaine PAC en présence du commissaire européen à l’Agriculture Phil Hogan... une occasion parfaite pour faire passer des messages.

« C’est un grand jour pour les vignerons français ». Très solennellement, c’est par ces mots que Stéphane Héraud, président de l’Association Générale de la Production Viticole (Agpv), a ouvert le 1er congrès commun de la viticulture au nom des 4 organisations à l’origine de l’évènement, la Cnaoc, la Ccvf (Caves Coopératives), les VIF (Vignerons Indépendants de France) et Vin IGP (Vignerons d’IGP). Pour la 1ère fois dans l’histoire de la viticulture, l’ensemble des organisations nationales de la production viticole se sont retrouvées le 6 juillet dernier lors d’un évènement commun, en présence pour l’occasion du commissaire à l’Agriculture Phil Hogan. Plus de 500 participants – vignerons, représentants de la filière viticole, parlementaires, membres de l’administration, journalistes etc. - étaient présents et ont échangé sur le thème de la place de la

viticulture dans la prochaine réforme de la PAC. Seul le nouveau ministre de l’Agriculture Stéphane Travert avait décliné l’invitation pour des raisons d’agenda. Il a tout de même pris soin de délivrer un message aux participants à travers une vidéo. L’après-midi était structurée en plusieurs temps forts : des discours par Stéphane Héraud et Phil Hogan, une table ronde avec les présidents des organisations viticoles et deux députés européens spécialistes des questions agricoles, Michel Dantin et Eric Andrieu, pour finir par un temps de conclusion par Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine.

Préserver les spécificités de la viticulture

Après avoir rappelé dans leurs discours l’importance économique de la viticulture en France et en Europe - 11,7 milliards d’€ à l’export et 3 millions d’emplois en Europe – Stéphane Héraud et Phil Hogan ont tous les deux insisté sur l’efficacité de la règlementation vitivinicole. « Une référence pour les autres parties du globe » a même affirmé le commissaire européen. Stéphane Héraud a défendu le maintien des règles spécifiques qui font le succès de la filière. En premier lieu, le système d’autorisations de plantations de vigne qui permet à la filière viticole de réguler son potentiel de production. « Ce dispositif de régulation doit être maintenu au-delà de 2030. Le travail mené pour le réintroduire était une nécessité absolue. Nous sommes le dernier secteur agricole en Europe qui dispose d’un tel outil, il faut l’améliorer. Nous souhaitons en France garder les ODG comme acteurs décisionnaires et l’Inao pour la gestion de cet outil » a ensuite insisté Bernard Farges, président de la Cnaoc.

Stéphane Héraud a par ailleurs souligné les mérites de la politique de qualité et des règles d’étiquetage plus strictes pour la viticulture que pour l’ensemble des produits agroalimentaires. Sur le sujet précis de l’étiquetage, le président de l’Agpv n’a pas hésité à fustiger la tendance à la surinformation du consommateur « pour se donner bonne conscience et se dédouaner des obligations en matière de prévention et d’éducation ». Enfin, il a souligné l’importance du programme d’aides spécifiques orientées vers l’investissement, de la vigne à la commercialisation. Plusieurs fois interpellé, Phil Hogan n’a pas hésité à affirmer son soutien au secteur viticole. Il a indiqué qu’il se battrait afin « d’éviter des réductions significatives de soutien accordé au secteur ». Concernant l’étiquetage nutritionnel, il a invité la filière « à prendre le taureau par les cornes et à être proactif plutôt que réactif sur cette question ». Enfin, Phil Hogan a aussi souligné le travail de la Commission Européenne pour la signature d’accords commerciaux. Dernier en date : un accord commercial avec le Japon qui supprime les droits de douanes pour les vins européens et permet la reconnaissance de nombreuses Indications Géographiques (IG).

De nombreux défis à relever pour la filière

Deuxième thématique abordée lors des débats : les défis à relever pour la viticulture au sein de la prochaine réforme de la PAC. L’un de ces défis sera un meilleur respect de l’environnement. Pour cela, les différents intervenants professionnels* ont défendu l’ouverture à l’utilisation des cépages résistants aux maladies en AOC, une position défendue depuis deux ans par la Cnaoc. Sur cette question, Phil Hogan a indiqué que la Commission était prête à pousser plus en avant la réflexion. Enfin, les vignerons ont lancé un appel à la Commission et au Conseil pour améliorer le système d’assurance récolte comme le propose le Parlement européen (abaissement du seuil de déclenchement, moyenne olympique etc.). Stéphane Héraud, président de l’Agpv n’a pas hésité à interpeller « au nom de l’ensemble des organisations et au nom des très nombreux vignerons touchés par le gel » le nouveau ministre de l’Agriculture, lui demandant de rassembler une majorité au Conseil dès cet été pour permettre l’amélioration du système de gestion des risques et notamment de l’assurance récolte dans le cadre du règlement Omnibus discuté en ce moment même. Bernard Farges a insisté sur la nécessité « d’avoir d’avantage d’entreprises assurées et mieux assurées ». Le député Michel Dantin a incité la filière viticole à aller chercher des alliés en Europe de l’Est et en Europe du Sud pour avancer sur ce dossier.

J-B. Krémer

 

* Bernard Farges, président de la Cnaoc et d’Efow (vignerons européens d’appellations d’origine), Thomas Montagne, président des VIF et de la Cevi (Confédération ruropéennes des vignerons indépendants), Thierry Coste président du groupe vin du Copa-Cogeca (syndicat agricole européen), Michel Servage, président de VinIGP, Boris Calmette, président de la Ccvf et Jérôme Despey, président du Conseil spécialisé vin de FranceAgriMer.